Des prédictions outrancières, vraiment?

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Quand une prédiction choc d’une banque pour l’année 2018 devient une prévision réelle dans une autre institution…

Comme c’est devenu une coutume en cette période de l’année, la Saxo Bank a publié récemment sa liste des dix prévisions choc (L’Echo du 8 décembre). À noter qu’en anglais, la banque parle d’"outrageous predictions", ce que l’on peut traduire par prévisions outrancières. Pour peu, on parlerait presque de "fake predictions".

Ces prévisions de Saxo portent sur des événements considérés comme improbables dont le potentiel est amplement sous-estimé. Cela à l’image des fameux "cygnes noirs" de Nassim Taleb. Si une de ces prévisions se réalisait, il est probable que le monde afficherait un visage bien différent de celui d’aujourd’hui. Alors, attachez vos ceintures, cela pourrait tanguer.

Ainsi, Saxo nous prévoit que le bitcoin pourrait atteindre des sommets encore plus vertigineux qu’aujourd’hui, avant de dégringoler de manière spectaculaire et de retrouver en 2019 une valeur proche de son "coût de production" d’origine, soit 1.000 dollars (contre 17.500 dollars aujourd’hui). La cause de ce krach retentissant? La Russie et la Chine vont interdire les cryptomonnaies non approuvées au niveau national pour lancer leurs propres cryptodevises. On n’est jamais mieux servi que par soi-même…

Les marchés risquent de perdre une de leurs béquilles. Mais que les "taureaux" se rassurent. Les actions vont encore surperformer.

Pour les marchés d’actions, Saxo pense que la confiance excessive actuelle et le niveau de faible volatilité ne pourront pas perdurer en 2018, ce qui donnera lieu à une année "spectaculaire". Traduction: l’indice boursier américain S&P 500 pourrait perdre 25% de sa valeur lors d’un krach éclair fulgurant, semblable à celui de 1987! Rien que cela…

Mais est-ce là réellement une prévision "outrancière"? Pas si l’on en croit la très sérieuse Bank of America Merrill Lynch, qui nous prédit aussi pour l’an prochain un krach éclair "à la 1987". Et pas question ici de parler de cygne noir. C’est une prévision bien réelle, pas un événement considéré comme improbable.

Pour la banque américaine, les signes de bulles spéculatives abondent aujourd’hui dans le monde: prix record sur le marché de l’art, envolée du cours du bitcoin, records du Nasdaq… On a même vu l’Argentine émettre cette année des obligations à 100 ans alors que le pays a fait défaut huit fois au cours des 200 dernières années.

Pour l’indice S&P 500, dans un climat d’euphorie, le marché haussier pourrait devenir le plus long de l’histoire le 22 août 2018. Retenez la date.

Quant au Nasdaq Composite, il pourrait grimper à 8.000 points (contre 6.900 aujourd’hui). Mais un excès d’euphorie n’est jamais une bonne chose. Une correction des marchés de 10% ou plus se dessine à l’agenda. Car les marchés vont se rendre compte qu’ils ne pourront plus compter sur le soutien total des banques centrales. Ils perdront alors une des leurs béquilles.

Prudence

Que les "taureaux" se rassurent. La baisse des indices pourrait constituer une belle occasion d’achat ("buy the dip"). Globalement, les actions devraient d’ailleurs surperformer face aux obligations pour la septième année consécutive, ce qui ne s’est plus produit depuis… 1928.

La préférence chez Merrill Lynch est donnée aux grandes valeurs plutôt qu’aux petites capitalisations (small caps), avec une priorité pour les valeurs technologiques et financières. Deux secteurs d’ailleurs également privilégiés par JPMorgan Asset Management.

Prévisions outrancières ou pas, tout ceci est à prendre avec une certaine précaution. Car en 2017, les experts n’ont pas pu prédire l’envolée du bitcoin. Pas davantage la hausse de plus de 10% de l’euro face au dollar. Bien peu avaient, il est vrai, misé sur une conjoncture aussi radieuse dans la zone euro. Comme quoi, une erreur peut parfois cacher une très belle surprise.

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