L'euro face au dollar, le vrai match à suivre

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L’an dernier, l’euro a déjoué toutes les attentes et gagné 14% face au dollar. En ce début 2018, la monnaie européenne poursuit sur sa lancée et vient d’atteindre ses meilleurs niveaux depuis la fin 2014.

L’an dernier, les "dollar bulls" en ont eu largement pour leurs frais. Ces haussiers sur le dollar, et ils étaient nombreux, pensaient que le billet vert allait inévitablement s’apprécier face à l’euro grâce à la remontée des taux de la Federal Reserve américaine et à la réforme fiscale de Donald Trump.

Patatras, ils ont eu faux sur toute la ligne. L’euro n’a cessé de s’apprécier, gagnant au final 14% et touchant au passage le niveau de 1,20 dollar.

Cette hausse de l’euro a eu des répercussions sur les marchés boursiers. Elle a freiné l’avancée des Bourses européennes, redoutant un impact négatif pour les exportations des entreprises du Vieux continent. Elle a surtout érodé le return réalisé sur les marchés américains par un investisseur européen. Le return en dollars de 20% réalisé sur l’indice américain S&P 500 s’est ainsi transformé en un rendement de 6% en euros. C’est nettement moins impressionnant, on en conviendra.

Si l’euro devait grimper à 1,30 dollar voire 1,40 dollar, ce serait une bien mauvaise affaire pour l’investisseur misant sur Wall Street.

Si l’euro a pris de la hauteur, c’est parce que la croissance européenne s’est révélée plus forte qu’anticipé et que l’élection d’Emmanuel Macron a soulevé de nombreux espoirs pour la zone euro.

Donc, cher investisseur, n’oubliez jamais de jeter un œil sur le marché des changes. En ce début 2018, le match entre l’euro et le dollar a d’ailleurs repris de plus belle. Pendant quelques jours, on a pensé que l’euro allait être victime de prises de bénéfices. Mais à la veille du week-end, il a dépassé le niveau de 1,21 dollar, atteignant ses meilleurs niveaux depuis décembre 2014.

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Si l’accord politique en Allemagne a donné vendredi un coup de "boost" à la monnaie européenne, ce sont surtout les commentaires en provenance de Francfort qui soutiennent l’euro. En déchiffrant le compte rendu de la dernière réunion de la BCE de la mi-décembre, il apparaît que l’institution monétaire serait prête à ajuster progressivement son discours pour refléter une amélioration des perspectives économiques. Pour d’aucuns, cela signifie que la BCE va normaliser sa politique monétaire et mettre définitivement fin au programme de rachats d’actifs (QE), peut-être bien plus tôt que prévu.

Mais cela ne dit encore rien sur les hausses de taux directeurs appelées à suivre. Et c’est là l’élément crucial pour les marchés. Chez Bank Of America Merrill Lynch, on s’en tient toujours à une première hausse du taux des dépôts (actuellement à -0,4%) au deuxième trimestre 2019 et une hausse du taux de refinancement à la fin 2019. Mais d’autres banques misent désormais sur une première hausse des taux d’ici la fin de cette année… ce qui pourrait évidemment soutenir l’euro face au dollar. Chez Deutsche Bank, on voit ainsi la monnaie unique à 1,30 dollar à la fin de l’année. Difficile de croire toutefois que la BCE acceptera de tels niveaux sans ciller. Le renforcement de l’euro risque de freiner les exportations de la zone et donc la croissance, tout en poussant l’inflation encore davantage vers le bas.

Par ailleurs, on s’écarte de plus en plus du soi-disant niveau d’équilibre de 1,13-1,15 dollar qui avait été établi lors d’une réunion du G20 en 2016. Mais cela, c’était avant l’arrivée au pouvoir d’un certain Donald Trump. Le Président américain, qui avait affirmé haut et fort que l’euro était sous-évalué, doit être ravi de l’actuelle baisse du dollar. Dans ce contexte, les hausses attendues des taux de la Federal Reserve sont reléguées à l’arrière-plan.

L’an dernier (L’Echo du 23 septembre), la firme Nomura avait déjà laissé entendre que le dollar se situait aux premiers stades d’un déclin susceptible de durer plusieurs années. Selon la firme, le déficit commercial US vis-à-vis de l’Europe a atteint des niveaux qui par le passé ont coïncidé avec une baisse du dollar. L’euro pourrait ainsi grimper à 1,40 dollar et même plus haut encore. Si tel est le cas, l’investisseur européen serait plutôt mal avisé de miser sur les actions américaines…

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