chronique

Non, les actions ne sont pas toujours gagnantes…

Marc Lambrechts

Une étude américaine qui porte sur la période 1926-2016 montre que la moitié des actions sont perdantes. La hausse des marchés est tirée par quelques valeurs phares. Autant ne pas les louper.

Les actions sont-elles sur le long terme de meilleurs investissements que les obligations du Trésor? En principe, la réponse est oui. Mais une récente étude du professeur de finance Hendrik Bessembinder de l’Arizona State University vient battre en brèche cette croyance (1). En réalité, la moitié des actions sont perdantes!

Pour aboutir à une telle conclusion, le professeur américain s’est appuyé sur une très ample base de données du Center for Research in Securities Prices qui répertorie les prix des actions américaines, cotées sur la Bourse de New York, le Nasdaq ou l’Amex. Il a pu remonter jusqu’à 1926, soit au total 90 ans de données.

Il s’intéresse à la stratégie de "buy and hold", avec dividendes réinvestis, chère par exemple à l’investisseur milliardaire Warren Buffett. On sélectionne une action et on la garde en portefeuille durant son existence.

Les résultats de l’étude sont assez renversants: seulement 47,8% des actions font mieux que les bons du Trésor à un mois, l’instrument sans risque par excellence. Et moins de la moitié des returns mensuels des actions sont positifs.

Au sommet des sociétés créatrices de valeur, on pointe Apple et Exxon Mobil, suivies par Microsoft et GE.

Globalement, on vous rassure: les actions restent les plus rémunératrices. Le return moyen mensuel des actions américaines de 1926 à 2016 est de 1,13%, contre un return de 0,37% seulement pour le bon du Trésor à un mois.

Ceci signifie que, globalement, le marché est porté par un certain nombre de valeurs phares. Et si vous ratez ces valeurs en portefeuille, vous risquez d’être perdants. Car il faut bien entendu tenir compte des sociétés dont la valeur est tombée à 0, à la suite d’une faillite. Et elles sont nombreuses. Les moins bonnes performances se retrouvent notamment parmi les petites valeurs, forcément plus risquées.

En réalité, les gains du marché dans son ensemble sont entièrement attribuables à 4% des sociétés qui sont les plus performantes. Au sommet de ces sociétés créatrices de valeur, on pointe Apple et Exxon Mobil, suivies de Microsoft, General Electric, IBM, Altria ou encore Johnson & Johnson.

Dans son étude, Hendrik Bessembinder souligne qu’une politique de sélection active d’actions peut donc générer des returns très importants… pour autant que l’investisseur soit assez chanceux ou doué pour détecter ces actions qui gagnent.

Bien entendu, la question est de savoir si un investisseur est réellement capable d’identifier de telles valeurs. Et on sent que le professeur de l’Arizona State University a certains doutes en la matière. D’où l’importance, dit-il, de bien diversifier ses avoirs en portefeuille.

L’histoire se répète

Quelques valeurs qui poussent globalement le marché à la hausse, cela ne vous dit rien? En l’espace de douze mois, l’indice Dow Jones de la Bourse de New York est passé de 18.000 points à plus de 23.000 points. Mais comme l’indiquent les analystes, cette ascension est portée par une poignée de valeurs. Même topo pour l’indice plus large, le S&P 500. Seulement 6 actions sont responsables de 35% du return de cet indice cette année. Ces actions sont les inévitables Facebook, Apple, Amazon, Microsoft, Netflix et Alphabet (Google). Il y a comme un air de déjà-vu. Ceci au moment où Wall Street s’est souvenu cette semaine, 30 ans après, du fameux krach boursier du 19 octobre 1987. Interrogé à cette occasion, le prix Nobel d’économie Robert Shiller a refusé de dire si les marchés boursiers étaient surévalués. Ceci en dépit du fait que ses propres indicateurs de cherté du marché (ratio Cape Shiller) sont à un niveau très élevé (lire aussi en page 37).

(1) Do stocks outperform treasury bills? Par Hendrik Bessembinder, WP Carey School of Business, Arizona University, 2017.

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