chronique

Rendre la Belgique plus sexy…

Rédacteur en chef-adjoint

Ce serait une excellente idée de rééditer une opération Monory-De Clercq pour soutenir le capital à risque. Mais si c’est pour, en même temps, taxer les plus-values, l’opération ne servira strictement à rien. Pire, cela risque de brouiller encore davantage l’image de la place financière.

Un immense soupir de soulagement. De nombreux responsables européens ont nettement mieux respiré en voyant s’afficher sur les écrans de télévision les visages des deux vainqueurs du premier tour des élections françaises. Pas de duel entre les deux anti-Européens que sont Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Et comme un pro-Européen convaincu part désormais avec les faveurs du pronostic au second tour (même s’il faut toujours rester prudent), on a fêté cela de Milan à Bruxelles, en passant par Francfort. Les marchés boursiers – merci "Manu" – ont ainsi vécu leur tout premier "macro Macron rally" lundi dernier, avec des hausses de 3 à 4% des indices.

Exit aussi le Frexit. Sauf surprise au second tour, la France ne devrait pas tourner le dos à l’Europe. Et Paris va donc pouvoir continuer à essayer d’attirer sur son territoire des institutions britanniques désireuses de conserver un accès direct à l’Union européenne.

C’est un élément un peu passé inaperçu, mais si le célèbre marché de l’assurance Lloyd’s of London a choisi Bruxelles comme hub européen, c’est notamment parce que ses dirigeants ont estimé qu’il n’y avait aucun risque de voir Bruxelles quitter un jour l’Europe. Bien entendu, d’autres éléments ont également joué, comme l’emplacement central de Bruxelles en Europe et l’accès à des talents qui parlent plusieurs langues. Mais les Londoniens ont également scrupuleusement analysé les capitales qui pourraient l’imiter dans l’exit européen. On n’est jamais trop prudent…

Une extension du Tax shelter? Une bonne idée. Sauf que nous sommes en Belgique, où rien n’est jamais simple.

D’autres grands noms vont-ils suivre l’exemple de celle que l’on appelle déjà Lloyd’s of Brussels? That’s the question… Le gouvernement belge est persuadé que oui. "La venue de Lloyd’s montre que la position de Bruxelles comme centre financier s’améliore, ce qui pourrait créer un appel d’air au niveau des autres assureurs et établissements financiers spécialisés" avait salué à l’époque le ministre des Finances, Johan Van Overtveldt. "Une excellente nouvelle pour la crédibilité de la Belgique", avait renchéri le Premier ministre Charles Michel, ravi que les rencontres avec les dirigeants de Lloyd’s en marge des réunions de Davos avaient porté leurs fruits.

Où est la culture du risque?

Les spécialistes du secteur financier sont un peu moins enthousiastes. C’est le cas de Grégoire Tondreau, spécialiste bancaire du consultant Roland Berger, qui a publié une étude sur le sujet (L’Echo du 27 avril) en marge d’un débat organisé par le Belgian Finance Club.

Tondreau souligne que Lloyd’s, ce sont de petites équipes. Pour rappel, on parle de… 10 à 20 personnes à Bruxelles.

En outre, la place financière belge reste très loin dans les classements internationaux en termes d’attractivité. Elle ne figure même pas sur les tablettes des grandes banques anglo-saxonnes qui envisagent de délocaliser une partie de leurs activités hors de Londres. Dans les destinations possibles, on retrouve des places traditionnelles comme Paris, Amsterdam, Francfort ou Luxembourg. Mais aussi un nom comme Lisbonne. En revanche, aucune trace de Bruxelles! La preuve, s’il en est, qu’il reste du chemin à parcourir.

Grégoire Tondreau n’hésite pas à parler d’une sorte de résignation du côté des acteurs belges, d’une "cause perdue". Et c’est vrai que la Belgique n’est pas vraiment sexy financièrement.

Le consultant redoute que la Belgique ne devienne tout simplement un pays de vieux rentiers. Seule solution: redonner goût à la "culture du risque". Et Tondreau de proposer un dispositif à la Monory-De Clercq (ou Cooreman-De Clercq) comme dans les années 80 pour soutenir l’investissement dans le capital à risque.

Et devinez quoi? C’est précisément l’idée que caresse Willy Borsus. Le ministre fédéral des Classes moyennes, des indépendants et des PME a déjà lancé à la mi-2015 un Tax shelter pour l’investissement dans les PME et les start-ups. Une sorte de Monory-De Clercq qui ne dit pas son nom, mais qui est uniquement réservé aux sociétés qui ont moins de quatre ans d’existence et qui permet une déduction fiscale pour le particulier de 30 à 45% du montant investi.

Faisant preuve d’un certain bon sens, Borsus se dit qu’il faudrait sans doute aussi soutenir les PME et entreprises moins jeunes (qui ont plus de 4 ans d’existence), mais qui ont également besoin de capital pour se développer et croître.

D’où l’idée d’une extension du Tax shelter. Une bonne idée.

Sauf que nous sommes en Belgique où rien n’est jamais simple. On le sait, on discute actuellement au Fédéral de la baisse (nécessaire) de l’impôt des sociétés qui s’élève à 33,99%. Toutefois, en guise de compensation, certains partis veulent à tout prix une taxation des plus-values boursières. Alors que l’actuelle exonération apporte précisément un côté "sexy" à la place financière. En tant que président du Belgian Finance Club, Bruno Colmant a déjà averti qu’une taxe sur les plus-values risque de tuer le marché boursier belge.

Effectivement, s’il s’agit de soutenir le capital à risque par un Monory-De Clercq-bis mais dans le même temps, de taxer les plus-values, l’opération ne servira strictement à rien. Pire, cela risque de brouiller encore davantage l’image de la place financière belge. Et de donner finalement raison à ceux qui parlent d’une cause perdue.

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