Sommes-nous prêts pour une nouvelle crise?

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Il n’est pas du tout sûr que, dans l’hypothèse d’une nouvelle tempête financière, l’Europe reçoive un coup de main de l’Amérique de Donald Trump. Le bel esprit de coopération qui prévalait en 2008 s’est envolé.

Oui, nous connaîtrons encore des crises financières, c’est une évidence. Mais personne ne sait vraiment d’où proviendra la prochaine tempête. Quel sera le segment de marché qui mettra le feu aux poudres, le secteur bancaire traditionnel ou la finance de l’ombre (shadow banking)? Nul ne le sait. En fait, la question est bien davantage de savoir si nous sommes suffisamment armés pour affronter la prochaine crise, d’où qu’elle vienne.

Mettez ensemble les experts de la Banque nationale de Belgique, de la BCE, de la Solvay Brussels School of Economics et de la Toulouse School of Economics ainsi qu’une belle brochette d’économistes, et vous pouvez espérer une réponse. Lors d’une grande conférence qui s’est tenue à Bruxelles lundi et mardi, ces différents experts ont rappelé qu’aucune boîte à outils n’était réellement disponible en 2008. La plupart du temps, il a fallu improviser. Aux Etats-Unis, la Federal Reserve a très vite lancé une grande opération de rachat d’actifs (quantitative easing) qui sera imitée quelques années plus tard par la Banque centrale européenne.

Au cours de la crise, on avait réussi à échapper aux politiques néfastes du chacun pour soi. Lors de la réunion du G20 au début 2009, initiée notamment par Gordon Brown et Barack Obama, les différents pays avaient affiché leur volonté de coopération.

Déjà en 2008-2009, certains membres du Congrès s’étaient offusqués de voir l’argent américain traverser l’Atlantique.

Surtout, des accords de swaps en dollars entre la banque centrale américaine et d’autres banques centrales, dont la BCE, avaient permis de débloquer une situation extrêmement tendue, les banques européennes très actives en dollars risquant de rapidement se retrouver en manque de billets verts.

Une telle opération de sauvetage pourrait-elle être rééditée aujourd’hui en cas de grosse catastrophe? Certains en doutent. C’est le cas de Barry Eichengreen, professeur réputé de l’University of California. En cause: l’unilatéralisme du président américain Donald Trump qui est en train de transformer le monde de manière profonde. L’attitude de coopération est étouffée par le "America First" cher à Trump.

Déjà en 2008-2009, certains membres du Congrès s’étaient offusqués de voir l’argent américain traverser l’Atlantique. Avec Trump au pouvoir, de telles récriminations risqueraient de refaire rapidement surface. On peut simplement espérer, comme le fait Eichengreen, que la Federal Reserve puisse résister à toute pression de la présidence.

En Europe, les questions portent surtout sur la résistance de la zone euro. Des progrès évidents ont été réalisés ces dernières années. Mais Vitor Constancio, l’ancien vice-président de la BCE, estime qu’il sera important de compléter l’Union bancaire avec une protection commune des dépôts (une mesure également préconisée par le prix Nobel d’économie, Jean Tirole) et de revoir le fonctionnement du Pacte de stabilité.

Les conditions politiques pour de telles réformes ne sont toutefois pas actuellement réunies. Et l’impasse italienne gèle toutes les initiatives. Une aggravation de la crise avec la Commission européenne serait d’ailleurs difficile à surmonter. Constancio rappelle toutefois quelques vérités. La majorité des Italiens veulent rester au sein de la zone euro. Et l’Italie n’a aucun intérêt à jouer la carte de la confrontation avec les marchés financiers. Car au final, ce sont bien ces derniers qui risquent de l’emporter.

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