chronique

À Francfort, c'est toujours plus bas, toujours plus fort…

Rédacteur en chef-adjoint

Peter Praet souligne à son tour que la Banque centrale européenne agira sans tabou le 3 décembre prochain. Les taux pourraient devenir plus négatifs encore. En Belgique, les taux des livrets d’épargne sont sous pression. L’Italie, pays pourtant très endetté, est parvenue à se financer à -0,02%. Du jamais vu!

Mario Draghi est l’ami de l’Italie. Normal, me direz-vous, il est italien. Mais on peut avancer la même chose pour Peter Praet. À sa manière, notre compatriote est aussi un ami de l’Italie. Évidemment, la Banque centrale européenne (BCE) ne mène pas sa politique monétaire pour favoriser un pays plutôt qu’un autre. À Francfort, on n’est plus belge ou italien; on est européen. Ou plutôt citoyen de la zone euro.

Les investisseurs payent pour détenir du papier italien. Un comble.

Il n’en reste pas moins que le grand vainqueur de la semaine est bel et bien l’Italie. Les commentaires tenus par ces deux gros bras de la politique monétaire européenne que sont Draghi et Praet ont poussé les taux obligataires encore plus bas. Et mardi dernier, l’Italie a eu la bonne surprise de voir le taux de rendement de sa nouvelle émission à 2 ans s’afficher en territoire négatif! Une première dans l’histoire. En clair, cela signifie que l’Italie ne débourse pas un euro dans l’aventure. Au contraire, ce sont les investisseurs qui payent pour détenir du papier italien. Un comble alors que ce pays affiche une des dettes les plus élevées de la zone euro, avec 135% du Produit intérieur brut (PIB).

Mardi dernier, les investisseurs ont ainsi accepté un rendement de -0,02% sur les 1,75 milliard d’euros émis sur deux ans à un coupon zéro. Ils ont acheté du papier à 100,04% alors qu’ils ne recevront que 100% à l’échéance. Avec un coupon zéro, on aboutit bien à un rendement négatif de 0,02%. Le compte est bon… pour l’Italie.

©BELGA

Le premier pays dont les obligations avaient basculé en territoire négatif était l’Allemagne. Nous étions alors en pleine crise de la zone euro. Les "Bunds" constituaient la valeur refuge par excellence. Si la zone euro devait éclater, l’Allemagne ne pouvait être que la grande gagnante.

Les obligations italiennes seraient-elles devenues à leur tour une valeur refuge? Difficile à croire alors qu’en 2011, les taux italiens culminaient encore à plus de 8%. Non, si des investisseurs achètent des obligations à rendement négatif, c’est parce qu’il s’agit d’institutionnels qui sont quasiment obligés d’investir (ou de réinvestir) dans de tels papiers. Ils doivent détenir un pourcentage bien précis d’obligations en portefeuille.

Certains investisseurs se disent aussi que -0,02%, c’est toujours mieux que le rendement de -0,30% des obligations belges d’une durée de deux ans. Tout comme l’Italie, la Belgique n’est pas le meilleur élève en matière d’endettement public, mais les taux de rendement sont également négatifs. Ce qui constitue bien évidemment un soulagement énorme pour les finances publiques.

Et puis, il y a ces investisseurs qui spéculent sur le fait que les taux vont encore baisser et donc que les cours obligataires vont monter.

Voici une semaine, Mario Draghi a ouvertement claironné que la BCE était prête à tout (ou presque) lors de la réunion du 3 décembre prochain.

Mardi dernier, Peter Praet, l’économiste en chef de la BCE, en a remis une couche. Et son propos est tout aussi limpide. La BCE mène "une réflexion en profondeur à 360 degrés" et "sans tabou", a-t-il dit dans un entretien à l’Agence France Presse (AFP). Même si le risque de déflation est infime, celui d’un enlisement dans un régime de croissance et d’inflation trop faibles est, selon lui, bien réel. D’où la nécessité d’agir.

La réflexion à Francfort porte notamment sur le niveau des taux à court terme. La BCE pourrait encore comprimer davantage le taux auquel elle rémunère les banques qui placent de l’argent auprès d’elle. Il faudrait plutôt dire le taux que les banques paient pour placer de l’argent dans les coffres de la BCE, puisque ce taux de dépôts est déjà négatif (-0,20%).

Sur la question d’abaisser encore ce taux, ce qui ne ferait pas les affaires du secteur bancaire, Praet souligne que la BCE va "analyser sa propre expérience dans ce domaine, tout en regardant celle des autres pays".

Pas étonnant, dans un tel contexte, que certains banquiers belges songent à diminuer prochainement le taux des livrets d’épargne.

Il faut se faire une raison, Saint-Nicolas ne frappera pas à la porte des épargnants fidèles cette année. Le problème, c’est que c’était déjà le cas l’an dernier. Et que 2016 ne s’annonce guère plus favorable.

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