Attention, produits dangereux!

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Les options binaires et les contrats de différence (CFD) sont pointés du doigt. Et depuis le mini-krach de février, ce sont les produits liés à la volatilité qui sont accusés de tous les maux.

C’est plutôt une bonne nouvelle. Après Facebook, c’est Google qui compte bannir de son site les publicités pour les produits financiers spéculatifs, non régulés ou trop complexes. Le tout, cela va sans dire, sous la pression des autorités, notamment le FBI. Les mesures concernent les cryptomonnaies mais aussi les options binaires ou encore les contrats de différence (CFD ou Contract for difference). Trop souvent, l’investisseur lambda cerne très mal les spécificités et les dangers de ces produits, jusqu’au jour où cela lui explose entre les mains.

Chez nous, la FSMA, l’autorité des services et marchés financiers, met régulièrement en garde contre les risques que comportent les investissements dans des options binaires ou dans des CFD. Ces produits, dont certains sont d’ailleurs interdits, ne sont destinés qu’aux personnes qui souhaitent vraiment spéculer et… qui sont disposées à perdre la totalité de leur mise.

Par le passé, le régulateur belge a bien dû constater que ces instruments étaient proposés à des personnes âgées, des personnes ayant des problèmes financiers ou des gens qui ne disposent clairement pas des connaissances requises pour de tels types de produit.

Pour rappel, les options binaires sont des contrats "tout ou rien" et s’assimilent à un pari sur l’évolution d’un prix (d’une action, d’une devise…) durant les minutes, heures ou jours à venir. Un peu comme si on pariait sur le déroulement d’un match de football opposant Eupen à Mouscron…

Le CFD constitue une légère variante, où l’on gagne (ou l’on perd) la différence de cours entre le moment de la souscription du contrat et celui de son expiration.

Gare à la volatilité

Depuis le mini-krach boursier du début février, on a aussi découvert que certains particuliers pariaient sur des produits liés à la volatilité. Plus particulièrement sur des produits misant sur la persistance d’une faible volatilité sur les marchés.

C’est en période de calme sur les marchés que les banques ont mis en place de tels produits. Comme ces produits étaient cotés (sous forme d’exchange-traded products ou ETP), cela rendait leur accès plus aisé pour les investisseurs. Tant que la volatilité était absente, ils étaient source de gains. Dès lors, certains se sont laissés endormir. Jusqu’au jour où…

Dans son dernier rapport trimestriel, la Banque des règlements internationaux (BRI) revient en détail sur les événements de février et sur les leçons à en tirer.

Petit rappel des faits: le lundi 5 février, la Bourse américaine enregistre un mini-krach, le Dow Jones chutant de 6% en séance et clôturant sur une perte de 4,6%. De son côté, l’indice S&P 500 lâche 4,1%. Ce jour-là, tous les regards convergent vers le Vix, aussi appelé "indice de la peur", un indice de la volatilité calculé à partir des prix des options sur l’indice S&P 500. Traditionnellement, une baisse des cours des actions tend à être associée à une augmentation de la volatilité et donc à une hausse du Vix.

Mais l’ampleur de l’envolée du Vix le 5 février (une hausse de 20 points) a largement dépassé ce que l’on aurait pu anticiper sur la base de sa relation historique avec l’indice S&P 500. En réalité, constate la BRI, il s’est agi de la plus forte hausse journalière du Vix depuis le krach boursier de 1987! Rien de moins.

C’est en fait à une sorte d’engrenage fatal auquel on a assisté. Il faut savoir que les émetteurs de tels produits ETP rééquilibrent leur portefeuille chaque jour en négociant des dérivés liés au Vix, habituellement durant la dernière heure de la séance boursière. Compte tenu de la hausse du Vix plus tôt dans la journée, les acteurs du marché pouvaient logiquement s’attendre à ce que les ETP seraient obligés d’acheter des contrats à terme sur le Vix pour couvrir leurs pertes. Il semble alors que certains intervenants ont commencé à faire monter les prix des contrats à terme sur le Vix dans la perspective de ce fameux rééquilibrage de fin de séance. Dès lors, une hausse des cours des contrats à terme sur le Vix a requis des achats encore plus importants de contrats par les ETP. Une boucle infernale. Le système n’a pas résisté. La valeur d’un des ETP misant sur la baisse de la volatilité a plongé de 84%. Et ce produit a été liquidé par la suite.

Rappel cinglant

Pour la BRI, cette journée a constitué un rappel cinglant des risques disproportionnés que font courir les stratégies spéculatives recourant à des dérivés complexes.

Les turbulences qu’ont connues les marchés pourraient d’ailleurs ne pas être les dernières, ajoute la "banque des banques centrales". Les marchés financiers et l’économie mondiale évoluent en effet toujours en terrain inconnu. Après une période inhabituellement longue de taux d’intérêt inhabituellement bas, il serait irréaliste de ne pas s’attendre à d’autres soubresauts, avance la BRI. Et les discours protectionnistes de Donald Trump ne font que compliquer encore les choses. Comme si le reste n’était pas suffisant…

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