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Avec les salutations à un Nobel d'économie...

Chroniqueur, newsmanager

Que dirait Robert Mundell, le prix Nobel d'économie qui vient de décéder, des projets de hausse d'impôts aux USA et de l'idée d'un taux d'imposition minimum pour les grandes entreprises dans le monde?

Si vous en avez l’occasion, allez visionner sur Internet le discours, lundi dernier, de Janet Yellen, la secrétaire américaine au Trésor, devant le Chicago Council on Global Affairs. Le tout premier speech de l’ancienne présidente de la banque centrale américaine sur ses priorités internationales. Un modèle d’ouverture dans tous les sens du terme. Dès sa première phrase, la page Trump est définitivement tournée: "L’Amérique est plus forte quand nous nous engageons avec le monde." Yellen rappelle que lorsqu’elle est née (en 1946), les États-Unis étaient toujours dans une phase de redressement après la Grande Dépression et la Seconde Guerre mondiale. Et si une leçon a été retenue de cette période, c’est que "les États-Unis ne peuvent pas y aller seuls".

Quelques jours plus tard, Yellen devait rencontrer ses collègues du monde entier lors des réunions du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale. Elle dit avoir pensé à tous ces dirigeants qui s’étaient réunis à Bretton Woods en 1944 afin de définir un nouvel ordre mondial (et aussi créer le FMI). À la pression qui reposait sur leurs épaules. Aujourd’hui, la pression est tout aussi présente. "Ce que nous ferons dans les mois et années à venir aura un impact profond sur la trajectoire du pays et sur l’ordre économique mondial."

Bob Mundell, prix Nobel d'économie, était considéré comme un des pères de l'euro mais aussi des "Reaganomics".

Il y a clairement un changement de paradigme à Washington avec l’équipe Biden-Harris. La proposition de Yellen sur la fiscalité y participe. En désirant instaurer un taux d'imposition minimum pour les grandes entreprises dans le monde, elle veut clairement changer les règles du jeu.

On aurait aimé connaître l’avis du prix Nobel d’économie Robert Mundell sur ce "Bretton Woods fiscal". Malheureusement, l’économiste canadien est décédé d’un cancer à Sienne à l’âge de 88 ans (il était né en 1932 en pleine Grande Dépression).

Volontiers visionnaire, Bob Mundell a plaidé au cours de sa carrière pour de nouveaux accords de Bretton Woods dans le domaine des changes. Il voulait que le monde évolue vers une monnaie globale. "Une économie globale a besoin d’une monnaie globale, c’est aussi simple que cela".  Dans une première phase, le professeur de Columbia proposait un lien unissant les cinq monnaies dominantes (dollar, euro, yen, yuan et livre sterling). On en est encore loin...

Mundell était considéré comme un des pères de l’euro. Il avait participé à de nombreuses commissions avant la création de la monnaie unique en tant que conseiller. Il était d'ailleurs l'un des rares économistes anglo-saxons à soutenir le projet d’Union monétaire. Pour lui, l’introduction de l’euro constituait "le deuxième événement le plus important du siècle passé, après la création de la Réserve fédérale, en 1913". Rien que cela. Mais il déplorait aussi que les États-Unis réussissent toujours à obtenir le cours du dollar dont ils ont besoin (un dollar faible s'il faut soutenir la croissance) et que l’Europe soit souvent mise devant le fait accompli, tout en étant à la traîne en matière de dynamisme et d’innovation. 

On le sait peut-être moins, mais Mundell était aussi l'un des pères des "Reaganomics", la politique économique poursuivie par l’administration Reagan au début des années 1980. Une politique connue sous le nom de "supply-side economics". L’idée était de baisser les impôts des entreprises afin de soutenir la croissance économique. 

Mundell n’apprécierait peut-être pas aujourd'hui de voir Joe Biden remonter le taux de l’impôt des sociétés de 21 à 28 %. Mais tout est relatif. À un niveau de 28%, on se situe toujours sous les 35% qui prévalaient avant l’arrivée de Trump et… des 34% à la fin de l’ère Reagan.

Joe Biden et Janet Yellen ne sont pas fous. Ils n'ont nullement l'intention de tuer l'esprit entrepreneurial américain, leur but est d'aboutir à un plus juste équilibre fiscal.

Et qu'aurait pensé le prix Nobel 1999 de cette proposition du FMI qui vise à mettre en place un impôt temporaire de crise sur les revenus les plus élevés pour aider à répondre aux besoins de financement liés à la pandémie? Mundell aurait sans doute dit qu'il faut toujours se méfier des impôts temporaires qui ont tendance à devenir permanents. En Belgique, on connaît cela...

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