chronique

Avez-vous raté la révolution financière de l'été?

Vous avez été complètement déconnecté pendant ces mois de juillet et août? Pas de problème, on vous résume ici la situation, marquée par une sorte de "coup d’État" des grands patrons américains.

Vous n’avez plus lu les infos cet été? En cette rentrée, nous vous résumons la situation. Sur les marchés, Donald Trump agit toujours comme un trader. Un trader un peu fou qui par ses déclarations fait chuter les marchés. Et qui, stupéfait par les réactions, s’évertue à les faire remonter par la suite. Les montagnes russes dans toute leur splendeur. Ne désespérons pas: l’indicateur "bull and bear" de Bank of America Merrill Lynch vient de donner un signal d’achat boursier pour la première fois depuis le 3 janvier 2019.

Côté taux d’intérêt c’est simple, il n’y a qu’une seule direction: vers le bas, toujours plus bas. Au grand désespoir de l’épargnant.

Mais le plus grand événement est ailleurs: les grands patrons américains ont réinventé le capitalisme. Oui, rien que cela! Réunis dans le cadre de la Business Roundtable, 181 dirigeants parmi les plus influents du pays (JP Morgan, Apple, Amazon, Coca-Cola, Boeing, Goldman Sachs…) ont balayé plus d’un quart de siècle de dogmes et croyances. Le but d’une entreprise n’est plus de maximiser le seul profit au bénéfice des actionnaires. Ces derniers doivent désormais être mis sur le même pied que les autres "stakeholders" (parties prenantes). En d’autres mots, une firme doit aussi se préoccuper de l’environnement, de ses clients ou de ses travailleurs… Les plus fervents admirateurs de Milton Friedman en sont tombés de leur chaise.

Cette révolution, on ne vous le cache pas, a été accueillie de manière très diverse dans les milieux économiques. Dans la presse, le Financial Times s’est montré plutôt enthousiaste au contraire d’un Wall Street Journal très acerbe. 1-1, balle au centre.

Le monde a changé

Sans doute doit-on se réjouir du fait que des patrons américains se rendent compte que le monde a changé. On ne fait plus du "business" comme dans les années 80 et 90. La lutte contre le réchauffement climatique est devenue une priorité, le grand public ne supporte plus l’évasion fiscale et les entreprises qui utilisent toutes les ficelles pour éviter l’impôt. Et la jeune génération désire travailler pour des entreprises où l’éthique est irréprochable.

Certains diront que les signataires de la déclaration de la Business Roundtable, qui redéfinit la raison d’être d’une société, sont des milliardaires qui tentent de se donner bonne conscience et d’amadouer les milieux plus à gauche de l’échiquier politique dans l’anticipation des élections US de 2020. Peut-être est-ce le cas. Mais laissons-leur au moins le bénéfice du doute.

Après tout, un Jamie Dimon, CEO de JP Morgan et président de la Business Roundtable, tient un discours plutôt "progressiste" depuis plusieurs années, insistant sur la nécessité de réduire les inégalités, en taxant davantage les riches (c’est-à-dire lui-même…).

Par le passé, les prix Nobel d’économie Oliver Hart (Harvard) et Bengt Holmström (MIT) avaient déjà avancé que la maximisation des profits ne peut pas constituer l’unique but d’une entreprise et de ses actionnaires.

Interrogés l’an dernier par L’Echo, ils confiaient que si des actionnaires se préoccupent à titre individuel du changement climatique, ils désireront également que l’entreprise dans laquelle ils investissent agisse d’une façon responsable en matière d’environnement. On ne peut avoir une double personnalité en la matière. Pour Oliver Hart, on pourrait même imaginer de demander aux actionnaires de voter sur les buts poursuivis par la société, autres que le profit.

Bien évidemment, tout cela est un peu compliqué à mettre en œuvre. Jusqu’à présent, le profit est un critère plutôt objectif et surtout aisément calculable pour évaluer une société. Comment procéder sur base de critères sociétaux ou environnementaux? Le chantier apparaît vaste.

Actionnaire abandonné?

Certains indiquent surtout que les grands patrons en redéfinissant ainsi le but d’une société abandonnent les actionnaires en rase campagne. Du côté de la Business Roundtable, on s’en défend en affirmant noir sur blanc que les sociétés doivent évidemment "générer de la valeur à long terme pour les actionnaires qui fournissent le capital nécessaire à ces sociétés pour investir, croître et innover". Ce qui souligne le fait que si une société se soucie de tous ses autres "stakeholders", cela profitera aussi au final à l’actionnaire de long terme. Une autre manière de dire, à juste titre, qu’il est temps de mettre fin à la dictature du court terme.

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