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Banques: la revanche des mal-aimées?

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L'indice européen des banques a rebondi de plus de 30% depuis le début de l'année. Le secteur bancaire va mieux. Mais en fait-il assez pour soutenir la reprise économique, en Belgique en particulier?

C’est le grand retour des "mal-aimées" en bourse: les valeurs bancaires européennes! L'indice Euro Stoxx Banks a gagné 32 % depuis le début de l’année. Certaines actions font mieux que l’indice bancaire de la zone euro. C'est le cas de la Société Générale (+54%) ou ING (+44%). D’autres sont plutôt en ligne avec l'indice comme BNP Paribas (+30%). Enfin, certaines valeurs restent en retrait, comme KBC (+17%).

De manière générale, les banques profitent des perspectives de reprise économique (et de l'espoir d'une courbe des taux d'intérêt plus pentue). Jeudi, la Banque centrale européenne (BCE) a confirmé le rebond de la croissance en 2021. Au premier trimestre, la plupart des banques européennes ont affiché des résultats supérieurs aux attentes. C’était notamment le cas de KBC. Plusieurs banques procèdent à des reprises de provisions dans la mesure où la situation des entreprises semble s'améliorer. Enfin, les restrictions sur les versements de dividendes devraient être levées en septembre (si la BCE en décide ainsi). De quoi attirer les investisseurs.

Au sein de ce tableau plutôt encourageant, le récent rapport de stabilité financière présenté par la Banque nationale a tout de même pointé que le secteur financier belge, en bonne santé, doit désormais jouer son rôle en matière de relance économique. En septembre dernier, L’Écho s'était déjà demandé si les banques belges ne faisaient pas preuve d'un excès de prudence dans le cadre de cette pandémie. Les chiffres compilés par l’économiste Éric Dor montraient la chute assez inquiétante des nouveaux prêts accordés à l’économie, la Belgique occupant la lanterne rouge dans la zone euro en la matière. Or, il est bon de rappeler que les banques sont "payées" par la BCE (taux négatif de 1%) pour effectuer des prêts à l'économie.

Le secteur financier s’est toujours défendu de ne pas en faire assez, expliquant que dans une période d'incertitude économique, les entreprises investissent moins et donc que la demande de crédit est forcément plus faible. Pour prouver sa bonne foi, la fédération du secteur, Febelfin, met en avant le faible taux de refus de prêts par les banques.

Pour la Banque nationale, le secteur financier doit maintenant jouer un rôle-clé dans la reprise économique.

Cela n'empêche pas la Banque nationale de Belgique de taper sur le clou: le secteur doit maintenant jouer un rôle-clé dans la reprise économique en garantissant un accès suffisant au crédit bancaire. Le secteur est aussi appelé à proposer des mesures adéquates et des solutions durables pour les entreprises qui sont viables mais confrontées à un endettement excessif à la suite de la crise. Parmi ces mesures: des rééchelonnements de dettes.

La BNB rappelle que le cadre permettant d’octroyer des emprunts assortis d’une garantie de l’État est toujours opérationnel. Le mécanisme et d'ailleurs largement inutilisé. Et puis, il y a les six milliards d’euros de coussins de fonds propres libérés par les autorités prudentielles au début de la crise et qui demeurent disponibles en vue de constituer des provisions supplémentaires pour des pertes de crédit futures. Sans que cela ne menace pour autant la stabilité financière, précise la BNB.

Lors d'un webinaire, le message a encore été martelé par Jean Hilgers, le directeur de la BNB en charge du contrôle prudentiel. Invité à commenter le rapport de stabilité financière, le professeur Hans Degryse (KULeuven) a aussi diagnostiqué cet "attentisme" des banques pendant la crise. Les exigences de fonds propres ont été réduites mais ne sont pas vraiment utilisées par les banques, dit-il. Par ailleurs, les interventions gouvernementales ont été importantes à l'égard des entreprises et des ménages. Et ce "bail out" (sauvetage) des entreprises et ménages est indirectement aussi un "bail out" du secteur bancaire. Alors, si les banques n’étaient pas à l’origine de la crise, elles font partie de la solution, précise le professeur de finance.

Pas simple d'être banquier! Lors de la crise financière de 2008, les banques avaient été, à juste titre, accusées d'imprudence. Cette fois, c'est leur attentisme et leur excès de prudence qui sont épinglés. On vous le disait, les banques restent décidément des mal-aimées.  

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