bpost débarque en Bourse dans un contexte de nervosité

©Dieter Telemans

bpost va débarquer en Bourse dans un contexte de nervosité grandissante sur les marchés financiers. Les "aficionados" de rendements élevés sont attirés par la politique de dividende. Du 5 ou 6% net, cela ne se refuse pas en cette période de taux d’intérêt maigrichons. Mais quid pour le futur?

Merci Nouriel Roubini! Le jour où la Poste belge (pardon bpost) annonçait officiellement le lancement de son offre publique (IPO), L’Echo publiait les commentaires tenus à New York par le célèbre gourou financier. Si le "Dr Doom" prévoit bel et bien un krach boursier, ce ne sera que dans deux ou trois ans. L’investisseur en actions bpost a donc le temps de voir venir…

Les Bourses, en particulier la Bourse américaine, ne sont pas dans une bulle spéculative, souligne Roubini. Les bénéfices des sociétés soutiennent toujours le marché. Bien entendu, lorsque les banques centrales vont sortir de leur politique d’assouplissement monétaire, tout cela risque de changer. Surtout si la croissance économique reste hésitante.

Pas mal d’institutions très officielles sont pour l’avenir immédiat plus sceptiques — c’est assez rare — que le gourou d’origine turque. C’est le cas de la Banque des règlements internationaux (BRI) pour qui les marchés sont entièrement sous l’influence des banques centrales. Un rapport publié en début de semaine a été très clair sur le sujet: les marchés d’actions ont été prompts ces dernières semaines à totalement nier les incertitudes sur l’économie. C’est ainsi que Wall Street a battu record sur record. De même, les places boursières européennes se sont bien tenues malgré de médiocres nouvelles économiques et des incertitudes politiques. Quant au marché japonais, dopé par la perspective d’une stimulation monétaire massive, il a défié les lois de la gravité. Ceci jusqu’au 23 mai lorsque le Nikkei a brutalement dégringolé de 7%. Depuis lors, les marchés sont entrés globalement dans une période de nervosité accrue.

Fourchette large

C’est dans ce contexte que débarque l’offre de bpost, à grand renfort de publicité. Ce qui explique sans doute d’ailleurs en partie le bon début de la souscription depuis jeudi (attention à une éventuelle clôture anticipée à partir de jeudi prochain!).

Cet apparent succès intervient malgré une fourchette de prix assez large, entre 12,5 et 15 euros. Ce qui revient tout de même à un écart de 20%.

Autre mauvaise nouvelle pour l’investisseur, il lui faudra payer à l’Etat une taxe boursière de 0,25% sur ses achats, dans la mesure où les titres qui sont mis sur le marché sont des titres déjà existants (c’est le fonds CVC qui est vendeur).

En définitive, ceux qui réalisent potentiellement la meilleure opération, ce sont les employés de bpost qui pourront bénéficier d’une décote de près de 17% sur le prix final qui sera déterminé aux alentours du 20 juin, la première cotation boursière étant prévue le 21 juin.

Terrain connu

Peter Lynch, le célèbre gestionnaire de Fidelity Investments, a coutume de dire que tout investisseur doit placer son argent dans des sociétés qu’il connaît. Avec bpost, l’investisseur belge est évidemment en terrain connu. Quoi de plus proche que son facteur…

Mais ce qui attire le petit investisseur, c’est bien évidemment la promesse d’un rendement alléchant. C’est à la page 52 du volumineux prospectus relatif à l’émission: sous réserve d’un résultat distribuable disponible, la société prévoit actuellement de déclarer et distribuer des dividendes annuels d’un minimum de 85% de son bénéfice net annuel non consolidé.

Pour l’exercice 2013, l’actionnaire devrait, selon "L’investisseur", avoir droit à un dividende proche de 1 euro brut. Ce qui donne un rendement du dividende de 6% net sur base d’un cours de 12,50 euros et de 5% net sur base d’un cours de 15 euros.

Bien entendu, et Peter Lynch vous le dira aussi, ceci n’est qu’une promesse. Rien ne dit qu’une telle tendance en matière de dividende va se poursuivre.

En effet, malgré le bilan très sain de bpost, le métier de distributeur de courrier subit un repli structurel. D’où les tentatives de bpost de s’ouvrir à de nouveaux créneaux. Ainsi, dans ma région, bpost propose de venir me rapporter à domicile mes chemises repassées ou mes courses de la semaine…

Du côté de nos confrères de "L’Investisseur", on ne conseille pas vraiment de se ruer vers l’action. Seuls les aficionados des rendements élevés peuvent souscrire (mais en quantité limitée). Il y aura probablement bien des occasions d’acquérir le titre en Bourse à des cours plus bas par la suite.

Tout ceci pour rappeler qu’une action est un actif risqué. D’ailleurs, la Banque de la Poste (pardon bpost banque) ne propose pas l’action à la vente. Cette filiale commune de bpost et BNP Paribas Fortis ne peut en effet distribuer que des produits où le capital est protégé.

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