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Ce que le départ de Weidmann implique pour les marchés

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Ce n'est pas le premier banquier central allemand à jeter l'éponge en cours de mandat. Mais la démission de Jens Weidmann, le plus faucon des faucons monétaires, pourrait avoir quelques répercussions importantes.

La démission de Jens Weidmann de la Bundesbank constitue un choc. Voilà un banquier central allemand, encore jeune (53 ans), qui quittera son poste à la fin décembre alors que l’inflation dans son pays se situe plus de 4%, le plus haut niveau depuis près 30 ans. Dans le même temps, les taux d’intérêt sont toujours négatifs en Allemagne, tant à court qu’à long terme. Pour un banquier central réputé pour son orthodoxie monétaire et son intransigeance, avouez qu’il y a de quoi pester. Pour justifier sa démission, Weidmann invoque des raisons personnelles après avoir passé dix années à la "Buba". Dans sa lettre de départ, il n’a toutefois pas pu s’empêcher de spécifier qu’il est "crucial de ne pas perdre de vue les risques d'inflation potentiels". Un message à destination de Christine Lagarde, la présidente de la Banque centrale européenne (BCE).

Certains diront qu’il n’est pas le premier banquier central allemand à jeter l’éponge. C’est vrai.  Son prédécesseur à la Bundesbank, Axel Weber, avait également démissionné avec fracas en 2011. Tout comme Weidmann, Weber avait caressé l’espoir de devenir un jour président de la BCE. Espoir déçu. On peut aussi citer la démission, en 2011, de Jürgen Stark qui était alors chef économiste de la BCE. Dans tous les cas, ces dirigeants manifestaient leur hostilité au programme de rachats de dette par la BCE, notamment celle des pays du sud de la zone euro. Jens Weidmann avait d’ailleurs déjà menacé de démissionner en 2012 au temps du "whatever it takes" de Mario Draghi. Il avançait à l’époque que la politique non-conventionnelle de la BCE pourrait être "addictive comme la drogue".

L’arrivée d’une nouvelle coalition à la tête de l'Allemagne qui sera plus à gauche avec les Verts et les sociaux-démocrates du SPD (aux côtés des libéraux du FDP) a sans doute aussi influencé sa décision. Après tout, Weidmann est une sorte de "Merkel boy". Il avait été nommé par la chancelière actuelle pour laquelle il avait d'ailleurs joué le rôle de conseiller avant de prendre la tête de la Bundesbank. On explique que sa décision de partir était déjà acquise dès l'été, mais qu'il en a retardé l'annonce pour ne pas interférer dans la campagne des élections.

Les rangs des « faucons », les partisans d'une politique monétaire plus stricte, risquent d'être plus clairsemés à Francfort.

Et précisément, son dernier fait d’armes aura été de s’opposer en juillet dernier à la nouvelle "guidance" de la BCE en matière de politique monétaire, ceci aux côtés du gouverneur de la banque centrale autrichienne et, de manière plus surprenante, de Pierre Wunsch, le gouverneur de la Banque nationale de Belgique. Ils estiment tous trois que la BCE va trop loin, en laissant entrevoir que les taux d’intérêt pourraient être maintenus à leurs niveaux actuels, voire inférieurs, pendant une très longue période si l'inflation ne se stabilise pas durablement à 2%.

Malgré les critiques que l'on peut lui adresser, Jens Weidmann avait le mérite de poser quelques bonnes questions et d'alimenter le débat. Est-il normal de voir les taux d’intérêt négatifs se perpétuer dans le temps alors qu’ils n'étaient censés être que temporaires? Est-il normal de voir les banques centrales empiéter sur le domaine budgétaire des États, en leur permettant de se financer à bon compte et de faire grimper dans le même temps l’endettement global. Enfin, le mandat des banques centrales n’est-il pas étiré dans tous sens (avec les questions climatiques notamment) au point d'en dénaturer la mission première qui est celle de la stabilité des prix.

Tout dépendra du nom de son successeur mais les rangs des "faucons", les partisans d'une politique monétaire plus stricte, risquent d'être plus clairsemés, avec les seuls gouverneurs des Pays-Bas, de l'Autriche et... de Pierre Wunsch, qui est plutôt mi-faucon, mi-colombe. Cela pourrait mener à une politique monétaire très accommodante qui se prolonge dans le temps. Et on le sait, des taux bas sont en principe favorables aux actions. Dans le même temps, les cryptomonnaies, qui se profilent en tant que rempart face à une planche à billets trop souvent utilisée par les banques centrales, pourraient aussi en profiter. Le départ de Weidmann qui fait grimper le bitcoin, voilà un effet collatéral plutôt inattendu...

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