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Ces avertissements boursiers qui font pschitt…

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Les investisseurs semblent se moquer de toutes ces études et rapports officiels d’instances internationales qui annoncent que les dangers augmentent sur les marchés et que la bulle spéculative pourrait exploser. Prudence quand même...

Le rapport publié cette semaine par l’European Securities and Markets Authority (Esma),  l'organisme européen de surveillance des marchés financiers basé à Paris, a répertorié avec une certaine minutie tous les éléments qui pourraient engendrer une correction boursière importante: les craintes inflationnistes, les questions sur la politique monétaire des banques centrales, l’augmentation de l’endettement des entreprises et des États, les prises de risques croissantes de la part des investisseurs… Tout y est pour faire peur aux investisseurs… qui sont restés totalement de marbre. Toujours optimistes, ces derniers ont même continué à envoyer les indices boursiers vers de nouveaux sommets (même si vendredi, la tendance était plus négative après les chiffres du chômage US).

Depuis le début de l’année, les indices boursiers américains et européens ont progressé de 20% en moyenne. Le rapport de l’Esma, plutôt alarmiste, n’a pas été repris par la totalité des agences de presse ou des journaux financiers. Début d’une certaine lassitude face à ces avertissements sans effet?

L’Esma avait déjà émis un tel avertissement en novembre 2021, en insistant sur l’écart grandissant entre les valorisations des marchés et les données fondamentales de l’économie. Sans impact notable. Et comme depuis lors, les cours des titres ont encore progressé, les valorisations des actions deviennent forcément plus élevées, avec les risques de correction que cela implique. Ce ne sont d'ailleurs pas seulement les actions qui sont concernées. Le segment des obligations d'entreprise évolue par exemple à des niveaux bien supérieurs à ceux d'avant la crise du Covid-19.

Et puis, il y a ces "accidents" qui sont survenus sur les marchés depuis le début de l’année et qui démontrent l’appétit parfois démesuré pour le risque comme en témoignent la déroute du fonds spéculatif Archegos et celle de la société financière britannique Greensill.  Sans oublier la saga GameStop, ce distributeur de jeux vidéos, objet d'une véritable lutte entre une armée de petits investisseurs mobilisés sur les réseaux sociaux et des fonds spéculatifs. Ceci a entraîné de fortes fluctuations, à la hausse comme à la baisse, avec à la clé une sorte de "gamification", qui assimile  la bourse à un jeu vidéo grâce à une application de trading comme Robinhood, qui offre des commissions zéro (même si la gratuité n'existe pas vraiment, les plateformes se rattrapant sur les écarts entre les cours à l'achat et à la vente).

Certains investisseurs qui ont découvert le marché boursier lors du confinement ont l'impression que le marché ne peut que monter.

L'Esma n'est pas la seule institution à tirer la sonnette d'alarme. La Banque des Règlements internationaux (BRI) et la Banque centrale européenne (BCE) avaient déjà émis des avertissements quelque peu peu similaires. Avec un paradoxe évident dans la mesure où c’est précisément la politique généreuse des banques centrales en matière de liquidités qui est accusée d'alimenter la hausse sur les actions et sur l'immobilier.

Si les marchés continuent à grimper, c'est avant tout parce que les bénéfices des entreprises ont dépassé les attentes et que les taux d'intérêt ne sont pas près de remonter. Les banques centrales pourraient certes réduire leurs achats d'actifs cette année, mais il n'est nullement question de toucher aux taux directeurs. En avril dernier, Tobias Adrian, le directeur du département des marchés de capitaux du FMI, n'avait pas hésité à affirmer que les marchés boursiers n'étaient pas surévalués compte tenu de la faiblesse des taux d'intérêt. Et "tant que les conditions financières resteront accommodantes, les marchés pourront continuer à grimper", disait-il. Cette fois, le message avait été reçu 5 sur 5.

Gare tout de même à l'excès de confiance. Certains investisseurs qui ont découvert le marché boursier lors du confinement de 2020 ont l'impression que le marché ne peut que monter. C'est sans doute vrai sur le long terme, mais sur le court terme, des désillusions, parfois cruelles, sont tout à fait possibles. C'est le sens de l'avertissement de l'Esma.

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