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Ces mauvaises surprises qui déstabilisent les marchés

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Un mois de septembre qui a viré au rouge sur les marchés, avec en toile de fond un élément que personne n’avait réellement prévu, un petit "cygne noir" qui a pris la forme de tous ces problèmes post-covid de goulets d’étranglement et de pénuries.

Dans ce monde turbulent, certaines traditions sont encore respectées. Historiquement, le mois de septembre constitue le mois le plus négatif en bourse tant en Europe qu’aux États-Unis où le return moyen est de -1% pour l'indice Standard and Poor’s 500 depuis 1928. Le mois de septembre qui vient de s’achever va faire remonter la moyenne. Le S&P 500 a terminé sur une chute de 4,8% alors qu’à Bruxelles, le Bel 20 a lâché 3,4%. C’est la séance  de mardi qui a été la plus chahutée. Les valeurs technologiques ont particulièrement souffert de la remontée des taux à long terme. Et ce ne sont pas seulement les technologiques américaines qui ont dérapé. En Europe, on a vu ASML Holding dégringoler de plus de 7% à la Bourse d’Amsterdam. Sur une semaine, l’action a même perdu 14,5%. ASML est considérée comme une vraie pépite européenne. C’est la deuxième valeur la plus importante dans le Stoxx 600 Europe derrière Nestlé.  ASML (pour Advanced Semiconductor Materials Lithography) n’est pas un producteur de semi-conducteurs en tant que tel. C’est un équipementier, la firme fabrique du matériel de lithographie destiné à l'industrie des semi-conducteurs. Il est même le seul fabricant qui permet au secteur de produire des puces toujours plus petites, selon les spécialistes.

Même si l’action ASML est toujours globalement recommandée par les analystes, elle est en train de reprendre son souffle après sa forte hausse de ces derniers mois et même de ces dernières années. Malgré son récent repli, elle demeure encore en hausse de près de 100% sur un an.

Petit cygne noir

Les craintes d’inflation et la remontée des taux longs font visiblement peur aux marchés. Et c'est un élément que personne n’avait réellement anticipé qui déstabilise en particulier les prévisionnistes. Un petit "cygne noir" qui a pris la forme de tous ces problèmes post-covid de goulets d’étranglement dans les chaînes d’approvisionnement (comme pour les semi-conducteurs ou le papier), mais aussi les pénuries de main d’œuvre dans certains secteurs. La combinaison d'une forte demande d'un côté et ces goulets d'étranglement de l'autre signifie que l'inflation se situe désormais bien au-delà des objectifs. Le président de la Federal Reserve américaine, Jerome Powell, a dû le concéder cette semaine: il n'avait pas vu arriver toutes ces contraintes au niveau de l’offre des entreprises. "Ce n’est pas que nos modèles d’inflation soient faux (...), mais c'est juste que l’étendue et la persistance des contraintes au niveau de l'offre n'ont pas été prévues." Une petite phrase qui sonne comme un réel aveu d'échec.

L'inflation était bien évidemment le sujet de nombreux commentaires lors du forum virtuel des banquiers centraux organisé cette semaine par la Banque centrale européenne (BCE).  "L'un des points d'interrogation que nous avons tous maintenant est de savoir combien de temps ces goulets d'étranglement mettront à être résolus et à disparaître", a reconnu Christine Lagarde, la présidente de la BCE. En attendant, le marché boursier semble bel et bien confronté à un risque de stagflation, en raison du ralentissement de la croissance économique et du recul de la confiance des entrepreneurs, d'une part, et de la hausse de l’inflation dopée surtout par les prix de l'énergie, de l'autre.

Les investisseurs semblent moins persuadés que la stratégie du "buy the dip" reste toujours la plus conseillée.

Et dans ce contexte, les investisseurs semblent moins persuadés que la stratégie du "buy the dip" (acheter lors de chaque creux du marché) reste toujours la plus conseillée. Un analyste le confiait: "Cette stratégie du 'buy the dip' ne fonctionnera pas toujours. Il y aura une correction. Et quand cette correction aura eu lieu, ce sera le moment d'acheter". Précisément, vendredi, la Bank of America est devenue négative pour les actions européennes, soulignant que l’indice Stoxx 600 pourrait baisser de 10% (soit l'équivalent d'une correction) d’ici la fin de l’année.

Les plus pessimistes avanceront qu’en entrant dans le mois d’octobre, on pénètre forcément dans une zone de turbulences si l'on se souvient des krachs retentissants de 1929, 1987 et 2008. Le magazine financier Barron’s fait toutefois remarquer qu'historiquement, depuis sa création, le S&P 500 affiche une hausse de 0,4% en octobre. Et si on exclut ces trois années de krachs, l'indice gagne même 1,1%!

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