chronique

Ces quelques mots qui bousculent les marchés

Rédacteur en chef-adjoint

Peter Praet a bien tenté de calmer les anticipations. Mais le marché reste persuadé que le discours de Mario Draghi à Sintra a constitué un tournant, cinq ans après son fameux "speech" de Londres.

L’histoire nous dira si les petites phrases prononcées par Mario Draghi voici une dizaine de jours au forum bancaire de Sintra resteront un moment clé, celui de l’annonce d’un revirement prochain dans la politique monétaire de la Banque centrale européenne.

Ces déclarations de "Super Mario" interviennent cinq ans après celles de Londres en juillet 2012, avec les 23 mots les plus importants de la carrière du président de la BCE mais également de la crise européenne. "Within our mandate, the ECB is ready to do whatever it takes to preserve the euro." Et après avoir marqué une brève pause, il avait ajouté "And believe me, it will be enough." Ce 26 juillet 2012, Mario Draghi se disait prêt à tout faire pour sauver la zone euro lors d’une conférence donnée à la Lancaster House. Apparemment, ce sont les commentaires très pessimistes sur l’avenir de la zone euro lancés par des financiers de la City qui l’avaient incité à sortir de sa réserve. Sans le dire encore, Draghi ouvrait ainsi la voie au futur rachat d’actifs (QE) et à l’instauration des taux d’intérêt négatifs en 2014.

Le danger se situe sur le marché obligataire, dans l’hypothèse d’une envolée trop rapide des taux longs.

Ces propos avaient immédiatement provoqué une baisse des taux de rendement obligataires et une hausse des marchés boursiers.

Cinq ans ont passé. Lors de son speech au forum bancaire de Sintra le 27 juin dernier, Draghi a eu cette petite phrase qui a provoqué l’étincelle sur les marchés: "La menace de la déflation a disparu et les forces reflationnistes sont à l’œuvre." En d’autres termes, la reprise économique semble bien enclenchée. Alors que Draghi poursuivait son discours, les personnes présentes ce jour-là à Sintra pouvaient constater sur leur smartphone les réactions instantanées des marchés, avec une envolée de l’euro et une hausse des taux de rendement obligataires.

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Peter Praet, le chef économiste de la BCE, a bien tenté cette semaine de modérer les anticipations en soulignant que les taux directeurs n’étaient pas près d’être relevés, rien n’y a fait. Depuis le discours de Sintra, les taux allemands à 10 ans ont plus que doublé, passant de 0,25% à plus de 0,50%.

"Notre mission n’est pas encore accomplie. Nous avons besoin de patience." Praet a utilisé les mêmes mots que Draghi, mais pour l’instant, le marché n’écoute plus, étant persuadé que la BCE prépare le terrain en vue d’un changement de cap. Alors à quoi doit-on s’attendre exactement? Une dernière réunion de la BCE est prévue le 20 juillet avant la pause estivale. Rien ne devrait y être annoncé. À la rentrée, en septembre, Draghi pourrait "pré-annoncer" une décision pour le mois suivant, indiquent des analystes. En octobre, la BCE pourrait signifier que les achats d’actifs seront réduits, passant de 60 milliards d’euros par mois à 40 milliards à partir de janvier 2018. La fin du QE (rachats d’actifs) aurait alors lieu en décembre 2018, coïncidant avec une première remontée du taux de dépôt, qui se situe actuellement à -0,4%. C’est tout ce processus que le marché anticipe déjà. En tant que telle, une hausse des taux n’est pas une catastrophe pour la Bourse, surtout si la croissance économique et les bénéfices des entreprises sont au rendez-vous. La hausse des taux sera même positive dans un premier temps pour certains secteurs, comme les banques qui verront leurs marges s’élargir.

Le danger se situe davantage sur le marché obligataire, dans l’hypothèse d’une envolée trop rapide des taux longs. Surtout si la Réserve fédérale de Janet Yellen devait de son côté poursuivre son resserrement monétaire. Ce qui reste d’ailleurs considéré comme le scénario le plus probable.

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