chronique

Ces risques que le marché n'a pas encore testés

Marc Lambrechts

Nouveau record pour le Dow Jones mais aussi pour l’encours des exchange-traded funds (ETF). Ceci alors qu’une étude souligne les risques potentiels de ces produits, de plus en plus populaires.

À Wall Street, l’indice Dow Jones a franchi pour la première fois cette semaine le cap des 27.000 points. Le seuil des 30.000 n’est plus très éloigné… L'indice S&P 500 a, de son côté, franchi les 3.000 pointsToujours conforté par les espoirs de nouvelles baisses des taux d’intérêt, le marché semble faire fi des risques de guerre commerciale ou de récession.

Mais au-delà du Dow Jones et du S&P 500, un autre record a été battu, de manière un peu plus discrète celui-là. Les "exchange-traded funds" (ETF) ont dépassé le seuil des 4.000 milliards de dollars d’encours aux Etats-Unis, grâce notamment aux flux vers les produits en actions.

Ces ETF sont le moyen le plus simple, et surtout le moins coûteux, de prendre position sur le marché des actions. Considérés comme l’une des innovations financières les plus marquantes de ces dernières décennies, ces produits hybrides, qui répliquent un indice boursier ou des paniers de différents actifs, sont traités de manière continue sur les marchés. Aux Etats-Unis, ils représentent en moyenne plus de 30% du trading quotidien sur les marchés d’actions. On n’en est pas encore là en Europe, même si on constate un engouement croissant des particuliers en Allemagne, aux Pays-Bas et en Italie (et un intérêt grandissant en Belgique).

Un débouclage en catastrophe des positions en ETF pourrait potentiellement entraîner un "crash" sur les marchés.

Concernant précisément ces ETF, une récente étude du European Systemic Risk Board (ESRB), dont le président n’est autre que Mario Daghi, se demande s’ils peuvent constituer un risque systémique, en d’autres mots un risque qui pourrait paralyser le système financier.

Car une question taraude le marché: que se passerait-il si le marché boursier décrochait brutalement et que tous les investisseurs se mettaient à vendre en même temps leurs ETF?

Il faut savoir que ces ETF évoluent de concert avec le prix des actifs. Cela accentue les risques que de nombreux investisseurs essuient des pertes de manière simultanée, ce qui pourrait potentiellement mener à des vagues de défaut sur les marchés et des ventes en panique, indique l’ESRB.

La liquidité et le trading en continu de ces ETF permettent aussi aux investisseurs de prendre des positions importantes sur les indices. Le débouclage en catastrophe de ces positions pourrait potentiellement entraîner un "crash" sur les marchés, souligne encore la note. Sans oublier la complexité de certains produits avec des "ETF synthétiques", qui utilisent des dérivés pour répliquer un indice et des "ETF inversés" qui permettent de prendre une position courte (inverse) sur l’indice.

Le pionnier de Vanguard, John Bogle, qui avait lancé les premiers fonds indicés avait déjà dénoncé certaines dérives de ces ETF, utilisés de plus en plus à des fins purement spéculatives.

Autre élément à épingler, le marché est concentré dans les mains de quelques grosses firmes. BlackRock, Vanguard et State Street représentent, à trois, 60% des émetteurs. Cela n’exclut pas un risque opérationnel en cas de défaillance technique d’un émetteur. Bien entendu, il ne faut pas noircir le tableau de manière excessive. Ainsi, le marché européen des ETF est nettement moins orienté vers les actions qu’aux Etats-Unis.

Il n’en reste pas moins que ce marché n’a pas encore été réellement testé globalement en cas d’important stress financier. Le 24 août 2015 à Wall Street, quelques frayeurs ont certes été enregistrées lorsque de nombreuses actions n’ont pu être cotées à l’ouverture. Certaines actions avaient de leur côté chuté de manière brutale en quelques minutes, avant d’ensuite rebondir. À ce moment précis, il était impossible de calculer de manière correcte les indices boursiers. Dans la foulée, les cours de certains ETF ont subi des chutes importantes et des ordres "stop loss", afin de limiter les pertes sur ces produits, se sont déclenchés en cascade, amplifiant la baisse.

Un premier avertissement en quelque sorte. On comprend mieux pourquoi les superviseurs financiers s’intéressent de près à ce marché.

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