chronique

Ces sociétés zombies qui font peur

Les "zombies" sont des entreprises endettées et non rentables qui ne doivent leur survie qu’aux taux d’intérêt faibles. Leur nombre a augmenté ces dernières années. Gare au retour de bâton!

Petit vent de panique à Francfort? Lundi dernier, Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne, en visite au Parlement européen, avait indiqué que l’inflation dans la zone euro était appelée à augmenter, le resserrement du marché de l’emploi exerçant une pression à la hausse sur les salaires. Dans les salles de marché, les traders se sont brutalement réveillés. Instantanément, les taux de rendement des obligations se sont tendus et l’euro s’est apprécié. De quoi obliger le chef économiste de la BCE à rapidement étouffer le début d’incendie créé par son patron. "Il n’y a rien de nouveau dans ce discours" a ainsi martelé Peter Praet. Ce qui signifie que la BCE prendra bel et bien son temps avant de remonter ses taux d’intérêt.

Un jour plus tard, de l’autre côté de l’Atlantique, la Federal Reserve américaine remontait ses taux d’intérêt et soulignait que sa politique monétaire n’était plus "accommodante", ce mot étant rayé du communiqué final publié par la banque centrale. Vous avez dit divergence?

L’existence de ces sociétés zombies entraîne à la baisse la performance globale d’une économie.

"Divergence" est aussi le maître-mot du dernier rapport trimestriel de la Banque des règlements internationaux (BRI). Ce n’est pas lié uniquement aux taux d’intérêt. Cette divergence se marque aussi par la course en tête des marchés boursiers américains. "Que l’on s’en félicite ou non, rien n’est venu ébranler les marchés américains" semble regretter la BRI. Car dans le même temps, on a vu des crises ébranler des marchés émergents comme l’Argentine et la Turquie alors que dans la zone euro, l’Italie a été le pays le plus malmené (et ce n’est sans doute pas terminé).

Sur le front financier, juge la "banque des banques centrales", la situation globale paraît plutôt fragile. Les marchés des économies avancées affichent encore des valorisations excessives et les conditions financières demeurent trop souples. Surtout, le niveau de la dette est trop élevé. Rapportée au PIB, la dette mondiale totale (publique et privée) est bien plus importante aujourd’hui qu’avant la crise. Or, chacun sait que c’est l’excès de dette qui avait été au cœur de la grande crise financière. Comprenne qui pourra…

©Tesla

Et puis, il y a ces sociétés "zombies", ces morts-vivants, endettés et non rentables qui ne doivent leur survie qu’aux taux d’intérêt faibles. Gare au retour de bâton lorsque les taux d’intérêt vont remonter.

Ce terme de société zombie remonte à la "décennie perdue" du Japon dans les années 1990.

Les économistes définissent généralement le zombie comme une entreprise qui a au moins dix années d’existence mais qui est incapable de couvrir le coût du service de sa dette par ses bénéfices sur une longue période et dont le cours boursier est à la traîne. Tesla est l’exemple-type d’une telle société zombie.

La BRI souligne que sur base d’un large échantillon d’entreprises dans 14 pays industrialisés (dont la Belgique), la part de ces sociétés zombies dans le total est passée de 2% à la fin des années 1980 à pas moins de 12% en 2016.

L’attitude des banques

Comment expliquer cette poussée du nombre de zombies et surtout la probabilité croissante qu’un zombie demeure un zombie dans un avenir proche?

Une explication est à rechercher dans l’attitude des banques. Les banques les plus fragiles préfèrent renouveler leurs prêts à de telles sociétés plutôt que de les radier de leurs livres de comptes. Une attitude que l’on retrouve notamment en Italie.

Plus généralement, ces entreprises zombies ont survécu grâce à la baisse des taux d’intérêt qui ne les a pas incitées à restructurer leurs activités.

Plus grave peut-être, l’existence de ces sociétés zombies entraîne à la baisse la productivité totale des entreprises et donc la performance globale d’une économie.

Pire encore, leur existence empêche les sociétés plus saines de pleinement se développer, puisqu’elles réussissent à détourner une partie de l’investissement et de l’emploi.

La hausse des taux d’intérêt pourrait siffler la fin de la partie pour certaines d’entre elles. Warren Buffett a coutume de dire que "C’est quand la mer se retire qu’on voit ceux qui se baignent nus". Le moment est venu pour certains zombies d’un peu se vêtir.

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