chronique

Ces supplices chinois qui font mal aux marchés

Une semaine traumatisante. La correction boursière que certains redoutaient est arrivée. Depuis 2015, de plus en plus de crises sur les marchés internationaux trouvent leur origine en Chine.

Ce serait évidemment trop simple d’affirmer: "On vous l’avait bien dit, une correction boursière devait se produire!" Même si certains ne s’en sont pas privés... Lundi dernier, l’indice Dow Jones de la Bourse de New York a perdu plus de 1.000 points, retombant en territoire négatif depuis le début de l’année. Le début d’un retournement substantiel au cours des séances suivantes. En cause: ce redoutable coronavirus venu en toute apparence de Chine qui tend à se propager sur les différents continents.

Lundi, la baisse de 1.032 points (3,6%) du Dow Jones n’était toutefois pas la plus importante de l’histoire. À deux reprises, une chute de plus de 1.000 points a été enregistrée en février 2018, ce qui est pour le moins remarquable. Le lundi 5 février 2018, la bourse américaine avait enregistré un mini-krach, le Dow Jones chutant de 6% en séance et clôturant sur une perte de 4,6%, soit 1.175 points de baisse. Trois jours plus tard, le Dow Jones abandonnait encore 1.033 points.

Avec une Chine qui pèse désormais 19% du PIB mondial, il convient de s’habituer à cette nouvelle donne. Pour le pire et le meilleur. Plutôt pour le pire ces derniers temps...

À l’époque, eh oui, on parlait déjà de… la Chine. Et plus particulièrement de la guerre commerciale lancée par les États-Unis. Mais il était aussi question de la remontée des taux d’intérêt de la Réserve fédérale américaine. La correction boursière de 10% au début 2018 avait été jugée bienvenue. Histoire de calmer un peu les esprits après une ascension continue d’un indice Dow Jones franchissant tous les paliers de 1.000 points avec une déconcertante facilité. En l’espace d’un an, le Dow Jones était passé de 20.000 points à plus de 26.000.

Précisément, le Dow Jones est retombé sous les 26.000 points ce jeudi après une chute record de 1.190 points. Les Américains peuvent ranger, tout au moins temporairement, leurs casquettes ou même leurs plaques d’immatriculation estampillées "Dow Jones 30.000" ou "Dow Jones 40.000". Et Donald Trump peut faire la grimace. Au lendemain de la chute de 1.000 points lundi, le président américain a clamé que la situation était sous contrôle aux États-Unis et qu’il voyait une belle occasion pour les investisseurs de réaliser de bonnes affaires en bourse. C’est le fameux "buy the dip". Le problème, c’est que le creux (dip) s’est encore... creusé au cours des séances suivantes.     

D’un autre côté, les derniers événements donnent aussi raison à Trump. Comme le dit l’économiste française Mathilde Lemoine, l’épidémie de coronavirus montre combien nous, Occidentaux, sommes devenus dépendants de la Chine en matière de production. C’est un élément qui devrait nous inciter à retrouver notre autonomie industrielle, indique-t-elle. 

Depuis 2015

L’influence grandissante de la Chine sur les marchés remonte à 2015. Le lundi 24 août de cette année-là, après une série de dévaluations du yuan, la Bourse de Shanghai s’était effondrée de 8,50%, entraînant tous les marchés dans une spirale baissière. Pour la première fois de l’histoire, le Dow Jones avait chuté de 1.000 points en cours de séance.

Rebelote au début 2016, avec l’annonce des plus mauvais chiffres en matière de croissance économique en Chine en l’espace d’un quart de siècle. Un sentiment de peur avait saisi les marchés.

Bien entendu, ces baisses à répétition de 1.000 points du Dow Jones sont à relativiser. En pourcentage, elles ne constituent pas les plus fortes chutes de l’indice. Le 19 octobre 1987, le Dow Jones avait perdu "seulement" 508 points, mais cela correspondait à plus de 22% de chute de l’indice, un record absolu. À l’époque, la Chine ne dominait pas l’actualité. C’était plutôt le Japon. Avec une Chine qui pèse désormais 19% du PIB mondial, il convient de s’habituer à cette nouvelle donne. Pour le pire et pour le meilleur. Souvent pour le pire ces derniers temps. En se demandant si nous n’avons pas participé nous-mêmes à cette trop grande dépendance à l’égard de l’empire du Milieu.

 

 

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