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Cette crise pourrait-elle ressembler à celle de 1929?

Chroniqueur, newsmanager

Ce n'est plus la crise de 2008 qui sert de référence, mais bien celle de 1929. Tout doit être mis en oeuvre pour éviter une Grande dépression. Les banques centrales s'y attellent.

La référence en matière de crise économique et financière était jusqu’ici la Grande crise financière de 2008. La question qui revenait sur toutes les lèvres était de savoir si la crise actuelle liée au Covid-19 était plus grave que celle des "subprimes".

Cette semaine, on a franchi un cap. C’est le ministre français de l’Économie et des Finances Bruno Lemaire qui a mis "les pieds dans le plat" en indiquant que la crise qui s’annonce est comparable à celle de 1929. Exit donc la référence à 2008. Il n’est plus question d'une "grande récession", mais d'une "grande dépression" qui serait à nos portes. L’économiste Nouriel Roubini, qui a effectué son grand retour sur la scène médiatique cette semaine, ne dit pas vraiment autre chose.

Ce qui interpelle d’un point de vue boursier est le fait que les marchés ont enregistré récemment des variations dignes de cette grande crise des années 1929-30.

Le 16 mars dernier, le Dow Jones a dégringolé de 12,90%. Hormis le krach historique du 19 octobre 1987, cette chute dépasse de peu la baisse du 28 octobre 1929 (-12,8%) et celle du 29 octobre 1929 (-11,7%), deux journées noires à Wall Street. Et mardi dernier, la Bourse new-yorkaise a rebondi de 11,37%, sa plus forte hausse depuis les années 30.

Variations anormales

De telles variations sont bien entendu anormales et témoignent des grandes incertitudes actuelles. Jeudi, le Dow Jones est même sorti du "marché baissier" pour entrer dans un "marché haussier", avec une hausse de 20% depuis ses plus bas niveaux. La Bourse américaine aura ainsi connu son marché baissier le plus court de l’histoire, alors que le marché haussier s’est dessiné en trois jours seulement… ce qui n’était plus arrivé depuis 1931. Vous avez dit "anormal"?

Les marchés boursiers ont enregistré récemment des variations dignes de cette grande crise des années 1929-30.

Si la définition d’un marché baissier (20% au moins de baisse) n’est guère discutée, celle d’un marché haussier l’est bien davantage. Les spécialistes estiment que nous serons réellement dans un marché haussier lorsque nous enregistrerons de nouveaux plus hauts pour le Dow Jones, ce qui laisse encore une marge de plus de 7.000 points à la hausse. En réalité, nous serions plongés dans un mini-rally haussier dans un marché qui reste globalement baissier. Cela s’était déjà produit en novembre 2008 et… en 1931.

Si la comparaison avec 1929 fait tellement peur, c’est parce que lors de la Grande dépression, la Bourse américaine a dégringolé de 85%. Et il a fallu 25 ans pour qu'elle retrouve ses sommets de septembre 1929. Sur le plan économique, pas de quoi être rassuré non plus: entre 1929 et 1933, la production réelle a plongé de près de 30% aux Etats-Unis et le taux de chômage y a culminé à 25%. Et la crise s’est exportée en Europe où elle a duré jusqu'au début de la guerre.

La mauvaise nouvelle, c'est que cette crise liée au Covid-19 est totalement inédite. Elle n'est pas d'origine financière comme en 1929 ou en 2008, mais d'origine sanitaire. Difficile donc d'établir des points de comparaison.

En principe, elle ne devrait être que temporaire... même si les chiffres en matière de croissance économique ou de chômage seront, dans l'intervalle, sans doute épouvantables tout comme, ne l'oublions pas, le bilan humain de cette pandémie. 

D'un point de vue économique, heureusement, les leçons de 1929 ont été retenues. La Federal Reserve (Fed) ne va plus remonter les taux d'intérêt (pour soutenir le dollar) ou laisser s'effondrer une bonne moitié du secteur bancaire. Aujourd'hui, les Etats et surtout les banques centrales sont résolument montés au front. La Fed et la Banque centrale européenne sont immergées dans une logique de "whatever it takes" pour sauver le système économique. Les moyens déployés et la rapidité de leur réaction sont d'ailleurs sans commune mesure avec ce que l'on a vu en 2008. Là aussi, on a retenu certaines leçons. 

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