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Cette fois, la hausse des taux semble bel et bien lancée

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C'est un signal de "normalisation" en Europe. La Norvège a remonté cette semaine ses taux directeurs alors que le discours sur le caractère "temporaire" de la hausse de l'inflation en zone euro commence à subir quelques nuances.

Il suffisait de le demander… Mardi dernier, en présentant ses dernières prévisions, Laurence Boone, la chief economist de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), a appelé les banquiers centraux à bien communiquer sur la conduite de leur politique monétaire. Le message semble avoir été parfaitement reçu. Mercredi, aux États-Unis, Jerome Powell, le président de la Federal Reserve (Fed) a balisé le parcours: la Fed pourrait commencer à réduire ses achats d’actifs, le fameux "tapering", en novembre prochain. Cette opération de tapering devrait se terminer vers la mi-2022. Ce qui laisserait ensuite la place à la hausse des taux directeurs, à la fin 2022 ou en 2023.

Du côté de Londres, après la réunion cette semaine de la Bank of England, une remontée des taux directeurs est désormais anticipée en février 2022, voire même dès la fin de cette année. Mais c’est d’Oslo qu’est venu le tout premier tir sur les taux.  Jeudi, la banque centrale de Norvège a relevé d'un quart de point, à 0,25%, son principal taux directeur. Une autre hausse est déjà prévue en décembre. C’est donc un retour à une certaine normalité, comme l’a indiqué le gouverneur de la banque centrale.

En l’espace de quelques semaines, voire de quelques jours, le ton a donc brusquement changé. Même la Banque centrale européenne (BCE) s’y est mise. Alors que l’inflation a atteint 3% dans la zone euro, le vice-président Luis de Guindos a souligné que la banque centrale devait rester "très vigilante" face à la possibilité que des hausses de prix temporaires deviennent plus durables.

Bien entendu, le discours officiel demeure que la hausse des prix ne sera que "transitoire". Mais la progression des cours des matières premières, les goulets d'étranglement dans les chaînes d'approvisionnement et des signes de pénurie de main-d’œuvre pourraient compromettre ce scénario et forcer ainsi les banques centrales à remonter les taux d'intérêt pour contrecarrer tout dérapage des prix.

Hausse possible de l'inflation d'un côté, baisse possible de la croissance économique de l'autre. Ce n'est pas le meilleur des mondes.

Il est vrai que le bond assez spectaculaire des prix de l’électricité et du gaz commence à faire des vagues. Lors de sa conférence de presse à Paris,  Laurence Boone a rappelé que le cours du pétrole avait, lui, rebondi de 80% en un an. Le coût du transport maritime a été multiplié par trois en l’espace d’un an. À titre d’exemple, faire transporter un container de Chine vers la côte Est des États-Unis coûtait moins de 3.000 dollars voici deux ans. Nous en sommes aujourd’hui à plus de 20.000 dollars!

L'économiste de l'OCDE pense toujours qu’il y a de fortes probabilités pour que cette poussée d'inflation ne reste que temporaire. Mais elle le concède, cette hausse pourrait aussi durer plus longtemps que prévu. Et le danger, à ses yeux, tient surtout à la spirale prix-salaires.

Si les prix continuent d'augmenter, les consommateurs pourraient ajuster leurs anticipations. Ce qui les pousserait à demander des hausses de salaires plus importantes. Si les salaires augmentent trop fort et trop rapidement, les entreprises devraient devoir répercuter cette hausse des coûts en relevant leurs prix. Et on est alors reparti pour un second tour... "Nous n’en sommes pas là pour l’instant", a insisté Laurence Boone. Mais le risque existe. Pour compliquer les choses, le tout se déroule dans l’ombre de la faillite possible du géant immobilier chinois Evergrande qui pourrait provoquer un choc négatif de croissance. Ceci alors que la confiance des entrepreneurs commence à refluer en Europe.

Hausse possible de l'inflation d'un côté, baisse possible de la croissance économique de l'autre. Ce n'est pas le meilleur des mondes. Les marchés obligataires ont choisi leur camp cette semaine. Les taux de rendement des obligations d'État à 10 ans se sont tendus aux USA et Europe. À Bruxelles, le taux à 10 ans est repassé au-dessus de 0%, s'approchant de 0,10%. Ce n'est pas encore catastrophique, loin de là. Mais l'histoire montre que la hausse des taux, lorsqu'elle est enclenchée, peut aller plus rapidement qu'on ne le pense généralement.

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