chronique

Chers investisseurs, ne combattez pas la Fed!

Marc Lambrechts

Depuis que l’institution monétaire américaine a indiqué qu’elle ne relèverait plus ses taux cette année, Wall Street fait des bonds de joie. Est-ce tenable?

Don’t fight the Fed! Ne combattez pas la banque centrale américaine. C’est un des adages boursiers les plus populaires à Wall Street. C’est la Réserve fédérale américaine (Fed) qui, dans une très large mesure, écrit le scénario suivi par la Bourse. Inutile dès lors d’aller à contre-courant des décisions monétaires. Quand la Fed laisse entendre que les taux d’intérêt vont monter, c’est le moment de mettre à l’abri une partie de ses bénéfices. Mais tant que les taux restent bas, voire même peuvent encore refluer, la Bourse peut monter.

En fait, depuis que l’institution monétaire américaine a indiqué qu’elle ne relèverait plus ses taux cette année, Wall Street fait des bonds de joie. Même topo du côté européen: "Don’t fight the ECB." La Banque centrale européenne (BCE) a reporté toute hausse des taux directeurs en 2020. Résultat: les banques centrales sont actuellement les meilleures amies de la Bourse.

Le dernier coup de pouce qui a permis à l’indice boursier américain S & P 500 de battre son record historique cette semaine est venu de Larry Fink, le patron de BlackRock, le plus grand gestionnaire d’actifs de la planète (lire notre portrait).

À la mi-avril, il a souligné que les marchés allaient probablement enregistrer un "melt-up". Qu’est-ce donc que cela? Un "melt-up", c’est l’inverse du "melt-down" financier. C’est la Bourse qui s’emballe à la hausse. Dans les dictionnaires, la définition du "melt-up" financier fait plus précisément référence à un mouvement brutal des marchés vers le haut, lié à la déferlante d’investisseurs qui ont peur de rater le train haussier, plutôt qu’un mouvement lié à une véritable amélioration des conditions économiques.

Le raisonnement de Fink est simple: les marchés se sont montrés trop pessimistes l’an dernier, l’économie américaine se porte bien et la banque centrale conduit une politique monétaire accommodante. Et surtout, il y a beaucoup de "cash" disponible qui pourrait revenir sur les marchés boursiers.

Si vous ajoutez à cela que les rachats d’actions (buy-backs) par les sociétés devraient se poursuivre, vous disposez d’une sorte de scénario parfait pour la Bourse.

Trop parfait? D’aucuns soulignent que les "melt-ups" précèdent souvent historiquement les "melt-downs", les phases d’effondrement. Nous serions donc dans la dernière phase du marché haussier. D’autant que nous approchons du fameux mois de mai. Et que l’adage "Sell in May and go away" pourrait valoir son pesant de dollars.

Avec un indice Standard and Poor’s 500 en hausse de 17% depuis le début de l’année alors que le Nasdaq affiche un gain de 22%, la tentation peut être grande de prendre une partie de ses profits.

Mais si Wall Street est au sommet, ce n’est nullement le cas en Europe. L’indice phare EuroStoxx 50, qui progresse également de 17% depuis janvier, doit encore avancer de 28% avant de renouer avec ses niveaux d’avant la crise financière, en 2007. Et ce ne serait là qu’une première étape avant d’envisager un éventuel retour aux records de l’année 2000. It’s a long way to the top…

Pas sûr que les incertitudes européennes liées au Brexit et aux élections européennes permettent aux indices de se rapprocher rapidement des sommets.

Faut-il pour autant craindre une correction? L’investisseur de légende Peter Lynch avait coutume de dire que l’on perd davantage d’argent en se préparant à une correction boursière et en sortant trop tôt du marché que lors des corrections elles-mêmes.

En attendant, toute l’attention va se porter une nouvelle fois sur la Federal Reserve qui se réunit ces 30 avril et 1er mai. Comme la Bourse américaine a récemment retrouvé des couleurs et que l’économie US continue à briller (les chiffres du PIB au premier trimestre ont dépassé les attentes), la banque centrale pourrait se dire que sa prudence monétaire des derniers mois n’est plus totalement justifiée. N’oubliez pas, ne combattez pas la Fed…

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