chronique

Colombe maltaise et effet Halloween

Rédacteur en chef-adjoint

Colombe maltaise et effet Halloween. La BCE s’est réunie cette semaine à La Valette. Mario Draghi n’a nullement joué le faucon maltais. En parfaite colombe monétaire, il est prêt à tout pour relancer la croissance et ranimer l’inflation, y compris baisser encore les taux directeurs. Sur les marchés boursiers, l’effet Halloween semble avoir déjà débuté.

C’était il y a une petite dizaine de jours. La Réserve fédérale américaine (Fed) publiait son traditionnel "Livre beige" (c’est la couleur du rapport) qui dresse le bilan de l’activité économique dans le pays. Principale conclusion du Beige Book: le dollar fort pèse sur l’économie US, notamment sur le secteur manufacturier. La Fed citait même l’appréciation du billet vert une bonne vingtaine de fois dans ce rapport. Le signe évident que les Etats-Unis supportent de moins en moins l’appréciation du dollar. On imagine donc la tête de la présidente Janet Yellen jeudi après les déclarations de Mario Draghi et la forte hausse du dollar qui s’en est suivie. Pas sûr que Janet et Mario passeront leurs vacances ensemble…

En ce mois d’octobre, la Banque centrale européenne (BCE) avait délocalisé sa réunion dans la riante petite cité de La Valette. Mais pour l’occasion, Mario Draghi ne nous a pas joué le remake du "faucon maltais". Loin de là. C’est en pure "colombe", partisan d’une politique monétaire très accommodante, qu’il s’est présenté devant les journalistes. C’est simple, le président de la BCE a endossé le costume du Père Noël avant l’heure. Pour la réunion de la BCE du 3 décembre, il a laissé entendre que toutes les options étaient désormais ouvertes pour faire revivre la croissance économique et ranimer l’inflation. Toutes les options, y compris ce qui paraissait exclu: une nouvelle baisse du taux des dépôts auprès de la BCE qui est pourtant déjà négatif (-0,2%).

Mario Draghi joue son va-tout alors que Janet Yellen paraît coincée.

Les marchés ont applaudi très longuement, jeudi et vendredi. Les actions ont bondi, les taux obligataires ont reflué tout comme l’euro. Le président de la BCE l’a encore répété jeudi: il n’a pas d’objectif en matière de taux de change. Mais, quoiqu’il en dise, une nouvelle baisse de l’euro est l’instrument rêvé pour doper l’activité via les exportations et même ajouter une petite pincée d’inflation, via des importations plus chères.

En début d’année, lorsqu’il avait lancé l’idée d’un grand programme de rachats d’obligations (QE), l’euro avait réagi au quart de tour, passant de 1,20 à 1,04 dollar. Mais ensuite le mouvement s’est essoufflé, voire retourné.

D’où l’idée d’en remettre une couche. Actuellement, la BCE achète 60 milliards d’euros d’actifs par mois. Ce programme doit se clôturer en septembre 2016. Mais tout est désormais possible: prolonger le programme, l’amplifier ou élargir la gamme d’actifs à racheter…

De quoi faire bondir Georges Ugeux, le "Belge de New York" pour qui on fait payer aux investisseurs un espoir de croissance totalement illusoire. "Ce n’est pas en ajoutant une couche de QE que cela ira mieux", confiait-il récemment dans nos colonnes. L’ancien vice-président de la Bourse de New York n’admet pas qu’une banque centrale, comme la BCE, prenne des positions uniquement en faveur d’une partie de l’économie et cela au détriment d’une autre qui vit de ses revenus d’intérêt.

Même si les gouvernements européens doivent aussi endosser leur part du boulot, il est clair que Mario Draghi joue un peu son va-tout. Si sa stratégie ne porte pas ses fruits, on pourrait l’accuser d’avoir simplement voulu soutenir les marchés financiers (actions, obligations…) ou d’avoir entretenu une guerre des monnaies larvée avec les Américains. Car désormais, Janet Yellen est bel et bien coincée. Elle n’est plus maître de la situation. La Fed se réunit ces 27 et 28 octobre. Secrètement, Yellen rêverait sans doute de relever les taux directeurs pour faire taire les critiques qui l’ont assaillie depuis le statu quo monétaire de septembre. Mais, en relevant les taux d’intérêt, elle ne ferait que renforcer davantage le dollar face à l’euro. Le piège de Draghi se referme…

Alors, agir lors de réunion de la Fed des 15 et 16 décembre? Oui, c’est toujours possible. Mais tout dépendra de la décision de la BCE du 3 décembre.

Dans l’intervalle, les marchés boursiers pourraient encore progresser. D’aucuns parlent d’un "effet Halloween". Philippe Gijsels de BNP Paribas Fortis rappelle qu’historiquement, 80% des gains boursiers sont engrangés entre la fin octobre (Halloween donc) et le mois de mai tandis que les 20% restants sont le résultat de l’évolution entre mai et octobre.

L’année dernière, c’était déjà aux alentours d’Halloween que les banques centrales s’étaient donné le mot pour tenter de relancer l’économie.

Tiens, ce vendredi, la Banque centrale chinoise a abaissé ses taux d’intérêt, dopant à son tour les marchés boursiers. L’effet Halloween aurait-il déjà débuté?

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