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Des "roaring twenties" prêtes à rugir

Chroniqueur, newsmanager

Les nouvelles "années 20 rugissantes" ont-elles débuté comme en 1920 ? Les développements technologiques et la sortie de la pandémie seront déterminants.

L’investiture de Joe Biden, synonyme d’un nouveau départ pour les États-Unis, a été saluée dans le monde entier mercredi. Même les marchés boursiers américains ont réagi de manière enthousiaste, en particulier les valeurs technologiques. Et si c’était là le vrai signal que les "roaring twenties", les années 20 rugissantes, sont à portée de main ? Ceci 100 ans après les premières "roaring twenties", les années 1920, lorsque le monde sortait de la guerre et surtout de la grippe espagnole. On entrait dans une nouvelle ère en raison des innovations technologiques (radio, automobile, téléphone…).

Alors va-t-on assister à une répétition de ce scénario après un départ complètement manqué l’an dernier en raison du Covid-19 ? C’est tout à fait possible. Surtout si la vaccination contre le virus et le retour à une vie plus "normale" déclenchent un petit sentiment d'euphorie en 2021. D’ailleurs, les puristes ne disent-ils pas que la nouvelle décennie a réellement commencé le 1ᵉʳ janvier 2021 et non pas en 2020.

Sur les marchés boursiers, les années 1920 s'étaient traduites par un return annualisé de 9,4% aux États-Unis. Une décennie porteuse.

Selon certains commentateurs, comme Paul De Grauwe, la période qui s’ouvre pourrait ressembler aux lendemains de la grippe espagnole il y a tout juste un siècle. "L’éradication de la grippe avait enflammé les cœurs", rappelle l’économiste français Daniel Cohen, dans une chronique dans l’hebdomadaire L’Obs. Ce furent les années folles du jazz, de Scott Fitzgerald, de l’automobile, du cinéma parlant… Selon un scénario comparable, l’intelligence artificielle, le télétravail, la télémédecine ouvriraient un nouveau cycle de croissance. Pour certains, on s’apprêterait même à vivre les années 1920, mais sans les années 30 ! Ceci dans la mesure où l’on a déjà connu notre grande crise financière en 2008. Rappelons-le, les fameuses années 1920 s’étaient achevées dans la sinistrose la plus complète avec le krach boursier de 1929.
Aujourd’hui, poursuit Daniel Cohen, on peut même rêver que le grand défi du XXIᵉ siècle, le réchauffement climatique, soit à la portée des scientifiques, avec une solution miraculeuse qui rendrait l’énergie renouvelable bon marché et stockable. Mais l’économiste français fait aussi partie des réalistes. On peut, dit-il, tout aussi bien envisager un plan B, bien plus sombre, où la lutte contre le réchauffement échouerait complètement et où la prospérité resterait concentrée entre quelques mains. Alors plutôt que de prendre les paris sur l’après-Covid, accordons-nous sur un monde désirable, et œuvrons à sa venue, conseille-t-il.

Daniel Cohen n’a pas tort. D’autant qu’il faudra voir comment la population ressortira psychologiquement et mentalement de cette pénible "corona-période". Allons-nous faire la fête, consommer de manière frénétique, nous ruer au restaurant et nous précipiter dans les avions et les trains pour partir en vacances ? Nos comportements auront-ils été modifiés ? Trop tôt pour le savoir.
Toutefois, les "roaring twenties" ne sont pas uniquement liées à la fin de la pandémie. Elles dépendent aussi des développements technologiques, comme ce fut le cas dans les années 1920. Et en la matière, il y a des raisons d’être optimiste, comme le souligne The Economist. On doit se réjouir de la technologie de l’ARN messager pour les vaccins, mais aussi des autres avancées dans les secteurs de la biotech ou des diagnostics médicaux. La pandémie a par ailleurs accéléré l’adoption de la télémédecine, mais aussi des paiements digitaux ou de l'utilisation des visioconférences. Et surtout les États semblent aujourd'hui bien plus enclins à soutenir les efforts de recherche et développement (R&D). Cela pourrait changer la donne durant cette décennie.

Sur les marchés boursiers, les années 1920 s'étaient traduites par un return annualisé de 9,4% aux États-Unis. C'est ce qui s'appelle une décennie porteuse. Certains investisseurs rêvent déjà d'un possible "remake" boursier. Et d'une décennie rugissante.

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