En grève ou pas en grève, les investisseurs?

©Sofie Van Hoof

Selon le sondage de Bank of America Merrill Lynch, les investisseurs pourraient se mettre en grève d’achat d’actions. Mais en Bourse, ils continuent à acheter. Un comportement schizophrénique?

Des acheteurs d’actions en grève! Tel était le message délivré cette semaine par les analystes de Bank of America Merrill Lynch. Le sondage réalisé du 1 au 7 février auprès des grands gestionnaires de fonds internationaux montre que le sentiment n’est pas bien terrible dans la profession, malgré la hausse des indices boursiers depuis le début de l’année. Et cette dichotomie ne manque pas d’interpeller. Les investisseurs semblent faire grise mine et pourtant les indices poursuivent leur hausse. Depuis le début de l’année, les indices américains gagnent 10% et les indices européens entre 8 et 10%.

Selon l’enquête de Merrill Lynch, la proportion des investisseurs qui préfèrent le cash a grimpé au plus haut depuis janvier 2009. Ceux qui pensent que l’indice américain S & P 500 a déjà atteint son sommet sont désormais 34% alors qu’ils n’étaient que 11% voici un an. En conséquence, l’allocation en actions est à son plus faible niveau depuis septembre 2016, avec 46% des investisseurs qui anticipent un ralentissement global de l’économie au cours des 12 prochains mois.

C’est comme si les investisseurs voulaient se mettre en grève, mais continuent à assurer un service minimum. Ils ne veulent pas rater la hausse actuelle.

Pour l’Europe, le tableau est encore plus sombre. La préférence pour les actions européennes est tombée à un plus bas depuis 6 ans. Et l’Italie est le pays qui fait manifestement le plus peur aux investisseurs.

Manifestement, il y a une différence entre ce qu’affirment les investisseurs dans les enquêtes d’opinion et ce qu’ils font en pratique sur le terrain.

C’est comme si les investisseurs voulaient se mettre en grève, mais continuent à assurer un service minimum. Ils ne veulent pas rater la hausse actuelle des marchés tout en étant conscients que des risques planent au-dessus de leurs têtes. Mais si la situation devait s’améliorer sur le front macroéconomique et surtout géopolitique, cela les conforterait dans leurs achats. C’est du moins ce qu’ils espèrent…

Économistes plutôt sombres

En attendant, on ne peut pas dire que les économistes envoient de leur côté des messages rassurants. Cela a commencé avec les propos de Christine Lagarde, la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI). Témoignant de l’inquiétude ambiante, l’article "Une tempête pourrait frapper l’économie mondiale" a cartonné sur notre site lecho.be, atteignant les 40.000 vues.

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La croissance est plus lente que prévu, a dit Lagarde lors du World Government Summit, un sommet annuel sur la gouvernance mondiale qui a réuni à Dubai des décideurs politiques et économiques du monde entier. La patronne du FMI a évoqué ce qu’elle a appelé les "quatre nuages" au-dessus de l’économie mondiale: les tensions commerciales, notamment entre la Chine et les Etats-Unis, la hausse des taux à long terme, les incertitudes liées au Brexit et le ralentissement de l’économie chinoise. Et quand il y a trop de nuages, dit-elle, il suffit d’un éclair pour déclencher la tempête.

S’exprimant lors du même forum, le célèbre économiste Paul Krugman en a rajouté une couche. Il est sceptique quant à un atterrissage en douceur de l’économie. Selon lui, il y a même une chance significative que l’économie mondiale bascule dans la récession plus tard dans l’année. Pour le prix Nobel d’économie 2008 (année de la crise…), il est peu probable que cette récession soit liée à un "seul gros élément". Au contraire, elle serait le résultat de différents vents contraires dans l’économie. Et le danger, c’est que les États et les banques centrales n’ont pas toutes les munitions pour y faire face. Difficile d’actionner l’arme des taux quand ceux-ci sont déjà très bas.

La région qui est, à ses yeux, la plus proche de la récession n’est autre que la zone euro. Les derniers chiffres de la croissance économique n’ont pas été rassurants à cet égard, l’Allemagne échappant de peu à une récession technique.

Bon, Krugman l’admet, son "track record" en matière de prévisions économiques n’est pas très favorable. Personne d’ailleurs n’est capable de prévoir avec précision les points de retournement de la conjoncture. En attendant, la Bourse continue à monter, la grève n’est pas encore annoncée…

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