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Faites-vous confiance à la BCE?

Chroniqueur, newsmanager

La question peut paraître brutale, mais une étude montre que la confiance dans la Banque centrale européenne a chuté ces dix dernières années. Allô, Francfort, il y a un problème!

“In Fed we trust”. Aux États-Unis, un sondage mené récemment a montré que la confiance des Américains dans leur banque centrale était au plus haut depuis 15 ans. Jerome Powell, le président de la Federal Reserve, dispose de la plus belle cote de popularité depuis Alan Greenspan, alors que la confiance dans la Fed avait plutôt souffert sous les présidences de Ben Bernanke et Janet Yellen.

Visiblement, les mesures énergiques de Jay Powell pour sauver l’économie (et aussi la bourse américaine, ne l’oublions pas…) sont jugées convaincantes par les Américains.

On ne sait pas quel résultat obtiendrait Christine Lagarde, la présidente de la Banque centrale européenne, lors d’un sondage similaire. Ce qui est sûr, c’est qu’elle a du boulot pour redresser la cote de popularité de la BCE.

L’institution de Francfort a publié cette semaine une étude dans son Bulletin économique montrant que, si la population européenne a pleinement confiance dans l’euro, c’est loin d’être le cas pour celle qui est la gardienne de cette monnaie. Au passage, on doit souligner le courage et l’honnêteté de la BCE de publier une telle étude qui ne lui est guère favorable. Cette étude, qui porte sur la période de 1999 à 2019 et qui n’englobe donc pas la présidence de Christine Lagarde, montre que la confiance dans la BCE au cours de la dernière décennie s’est nettement dégradée. Davantage que celle vis-à-vis de la Commission européenne ou du Parlement européen.

Visiblement, la BCE paie la facture de la crise financière de 2008 et de la crise de la dette à partir de 2010. La confiance a touché un plus bas en 2014 avant de remonter un peu par la suite. À l’automne 2019, 42% des répondants disaient faire confiance à la BCE, contre 44% qui étaient d’un avis totalement opposé. Le chiffre en net (-2%) reste donc toujours en territoire négatif. C’est d’autant plus surprenant que l’euro, de son côté, a atteint des records de popularité.

Certaines des décisions de la BCE restent incomprises comme la politique de taux directeurs négatifs.

Alors qui sont ces "BCE-sceptiques" qui font pencher la balance? On les trouve surtout dans des pays qui ont fortement souffert de la crise comme la Grèce et l’Espagne. Mais aussi dans des pays comme l’Allemagne où une grande partie de la population a critiqué la politique monétaire de taux négatifs qui a raboté les revenus des épargnants. En Belgique également, le pourcentage de ces "BCE-sceptiques" a augmenté au fil du temps.

Revue stratégique

Allô, Francfort, il y a un problème! Une banque centrale ne peut évidemment pas se satisfaire de tels scores. Les chiffres semblent démontrer que la BCE a un problème de communication. Certaines de ses décisions sont incomprises par la population, comme la politique de taux directeurs négatifs. Et son mandat ciblé sur la seule stabilité des prix ne fait pas l’unanimité.

Il est quand même frappant de constater que, de l'autre côté de l'Atlantique, la confiance dans la Federal Reserve s'accompagne du refus (jusqu'ici) des taux d'intérêt négatifs et d'un mandat qui cible la stabilité des prix, mais aussi l'emploi.   

La grande revue stratégique sur la politique monétaire annoncée par Christine Lagarde à la fin de 2019 doit précisément plancher sur les objectifs de la BCE et notamment sur les aspects communicationnels. La première consultation publique aurait dû se tenir le 26 mars à Bruxelles. Mais la pandémie de Covid-19 a bousculé tout l'agenda. Les consultations ont été reportées au deuxième semestre et l’évaluation finale de la stratégie devrait désormais être conclue à la mi-2021. Dans l'intervalle, la BCE renouvelle son invitation à tous les habitants de la zone euro à présenter leurs propositions et commentaires sur le portail "La BCE à votre écoute". Que vous soyez un "BCE-sceptique" ou pas, il n'est pas trop tard pour donner votre avis. Ce que fait (ou ne fait pas) la BCE nous concerne tous.    

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