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Fallait-il vendre au début du mois de mai?

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Les marchés sont agités. À la lumière de rapports cours/bénéfices élevés, l'investisseur aurait-il dû sortir du marché boursier depuis un certain temps déjà? L'expérience montre que vendre ses actions trop tôt peut coûter cher.

Le fameux adage boursier "Sell in May and go away" sera-t-il respecté cette année? Fallait-il vendre ses actions au début du mois et partir vers des contrées ensoleillées? Les dernières séances ont en tout cas été plutôt agitées sur les marchés. Lundi dernier, l’indice américain Dow Jones a touché brièvement la barre des 35.000 points, mais il a ensuite battu en retraite. Ce sont surtout les valeurs technologiques qui ont bu la tasse lors des trois premières séances de la semaine, notamment après les chiffres de l’inflation US du mois d'avril (+4,2%) supérieurs aux attentes.

Ce n’est pas la première fois que l’indice Nasdaq Composite décroche, cela avait déjà été le cas entre la mi-février et le début mars lorsqu’il avait perdu quelque 10%. Mais le marché était ensuite reparti vers le haut. Alors, tout cela était-il amplement prévisible? L’investisseur intelligent ne devait-il pas sortir du marché depuis un certain temps déjà puisque les ratios cours/bénéfices étaient élevés, témoignant de la cherté du marché boursier? Pour le professeur Jeremy Siegel de la Wharton School, une figure respectée à Wall Street, il peut s’avérer coûteux de sortir trop tôt du marché. Il vaut mieux rester investi en actions car sur le long terme, elles demeurent imbattables en tant qu’actif financier, affirme l’auteur du best-seller boursier "Stocks for the long run".

Une récente étude de la firme Schroders confirme qu’il est illusoire de réussir le parfait market timing en matière boursière.

Les récents chiffres de Credit Suisse Research Institute et de la London Business School confirment les propos de Siegel. De 1900 à 2020, les actions mondiales ont dégagé un rendement réel annualisé de 5,3% en dollars contre 2,1% pour les obligations et 0,8% pour les bons du Trésor. Les actions américaines font mieux encore avec 6,6%. Le tableau est nettement plus mitigé si on ne prend que les 20 dernières années, marquées, il est vrai, par plusieurs crises boursières d’ampleur. De 2001 à 2020, les actions mondiales affichent un return annualisé de 4,8% contre 5,1% pour les obligations. Ces dernières ont profité de la dégringolade des taux d’intérêt (les cours évoluent en sens inverse des taux d'intérêt). Mais cette spectaculaire baisse des taux longs est désormais peut-être arrivée à son terme. Surtout si l’inflation montre (enfin) le bout de son nez.

Jeremy Siegel l'a admis cette semaine: oui, l’inflation va augmenter. Mais pas de panique! Ce ne sera pas catastrophique pour les actions, dit-il, surtout si on a misé sur les actions qui vont bénéficier de la reprise économique.

Stratégie perdante

Une récente étude de la firme Schroders confirme qu’il est illusoire de réussir le parfait "market timing" et de vouloir sortir à tout prix du marché lorsque l’on pense qu’il a atteint un sommet. Duncan Lamont, le responsable de la recherche chez Schroders, prend l’exemple d’un investisseur dans l'indice américain S&P 500 qui déciderait de vendre lorsque le ratio cours/bénéfice dépasse de 50% sa valorisation moyenne historique (ce qui est le cas aujourd'hui). Pour être précis, Duncan Lamont a choisi le ratio cours/bénéfices ajustés cycliquement, le "CAPE ratio" du professeur Robert Shiller, qui tient compte de la moyenne des bénéfices par action sur les 10 années précédentes. Alors quel est le résultat de cette stratégie de vente quand les cours paraissent trop élevés? La réponse est simple: elle n'est pas bonne du tout!

En moyenne, sur les 130 dernières années, l'investisseur aurait perdu un bénéfice potentiel de 43% en vendant trop rapidement. En moyenne, les cours ont en effet continué à progresser pendant 17 mois avant d'atteindre leur sommet. Aujourd'hui, depuis le dernier signal de vente en avril 2020, l'investisseur aurait sacrifié plus de 50% de hausse en liquidant trop tôt ses actions. Autant donc y réfléchir à deux fois avant de vendre...

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