chronique

Gare à l'étincelle de trop sur les marchés boursiers

Marc Lambrechts

Étranges similitudes avec les années 80. Donald Trump a remplacé Ronald Reagan et la Chine a pris la place du Japon comme cible des attaques. Cela s’était plutôt mal terminé en 1987.

Trois éléments réussissent en ce moment à faire bouger les marchés financiers: Donald Trump, Donald Trump et Donald Trump! C’est Philippe Gijsels, le chief strategy officer de BNP Paribas Fortis Private Banking qui s’exprime ainsi. Et il a amplement raison. De mémoire de trader, on n’a jamais connu une telle situation. Certains s’en amusent en avançant que la Chine et les Etats-Unis ne seraient en réalité pas en train de négocier, mais que les deux Présidents seraient plutôt en train de spéculer en Bourse en misant sur les fluctuations du marché provoquées par les tweets de Donald Trump. Malheureusement, la situation est très sérieuse et inquiétante à maints égards. Selon le Fonds monétaire international (FMI), une guerre commerciale totale coûterait 0,6% de croissance aux Etats-Unis, 1,5% à la Chine et 0,5% à l’économie mondiale.

Après avoir réussi à contrecarrer l’essor du Japon dans les années 80, les USA veulent refaire le même coup avec la Chine.

Depuis des semaines, Donald Trump, à coup de tweets, met la pression pour aboutir à un accord commercial qui lui serait profitable. Mais dès que le marché boursier prend peur, comme ce fut le cas en début de semaine, il se hâte d’adoucir le ton. Les Chinois ne sont sans doute pas dupes. Quant aux marchés, ils commencent à s’alarmer. Selon la dernière enquête de Bank of America Merrill Lynch, les investisseurs mondiaux n’ont jamais été aussi nombreux à prendre une protection contre une baisse sévère des marchés d’actions dans les mois à venir.

L’histoire repasse les plats…

Si l’on regarde la situation de plus près, on assiste à une sorte de remake de 1985-1987. Seuls les noms des acteurs ont changé. Donald Trump a pris la place de Ronald Reagan. Un cow-boy en a remplacé un autre. Sauf que le premier nommé dispose d’une arme redoutable qui n’existait pas à l’époque: le réseau Twitter pour diffuser ses commentaires en direct. Et comme cible des attaques présidentielles américaines, la Chine a désormais remplacé le Japon. Ce dernier, dans les années 80, se présentait comme le nouveau rival économique des Etats-Unis, comme l’est précisément la Chine aujourd’hui.

©AFP

À l’époque, grâce à la faiblesse du yen, le Japon inondait les marchés mondiaux de ses produits. L’Amérique de Reagan n’appréciait guère et a voulu mettre fin à la sous-évaluation de la monnaie japonaise. Et elle y a réussi. En septembre 1985 à l’hôtel Plaza à New York, les Américains ont décroché un accord lors d’un sommet de ce qui n’était à l’époque qu’un G5 (USA, Japon, Allemagne, Grande-Bretagne et France). Il s’agissait de piloter le dollar à la baisse et donc de faire remonter le yen mais aussi le mark allemand, jugé tout aussi sous-évalué par les Américains.

Les objectifs de Trump sont étrangement similaires aujourd’hui: faire baisser le dollar et faire remonter dans le même temps l’euro et le yuan chinois, deux monnaies qui se sont dépréciées récemment.

Nombreux sont ceux en Chine qui pensent que l’Accord du Plaza fut une tentative américaine (plutôt réussie) de contrecarrer l’essor du Japon. Plus de trente ans plus tard, les Américains tentent de refaire le coup avec la Chine. Cela pourrait donc batailler ferme lors du sommet du G20 prévu au Japon les 28 et 29 juin.

Ce qui est inquiétant, c’est que tous ces désordres de 1985 avaient mené tout droit au krach boursier d’octobre 1987, intervenu dans le contexte d’une économie US en situation instable et après un long marché haussier en Bourse.

Le lundi 19 octobre 1987, jour du krach, ce sont des tensions dans le Golfe persique qui avaient provoqué l’étincelle. Quatre destroyers US avaient détruit deux plateformes pétrolières iraniennes. Les Etats-Unis avaient justifié l’attaque au nom du droit à la légitime défense. Trois jours plus tôt, un pétrolier battant pavillon américain avait été touché de plein fouet par un missile.

L’histoire semble repasser les plats. Ces derniers jours, les tensions ont grimpé de plusieurs crans dans le Golfe persique. Et Trump a mis en garde Téhéran: "S’ils font quelque chose, ils vont souffrir énormément." Gare à l’étincelle de trop.

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