chronique

Il est temps de revenir à une situation normale

Marc Lambrechts

Le moment est venu de tourner progressivement la page. Celle des taux d’intérêt négatifs mais aussi de comportements profondément marqués par la crise financière et par la récession qui a suivi.

En cette rentrée économique et financière, les mêmes questions que lors de la rentrée précédente continuent à persister: pourquoi la croissance économique n’est plus aussi vigoureuse que par le passé, pourquoi l’inflation ne repart pas réellement à la hausse, pourquoi les salaires n’augmentent pas, pourquoi les chiffres de la productivité restent décevants…? Et le plus souvent les réponses sont peu convaincantes, se bornant à un simple: "Le monde a changé" après une crise dont on n’a pas encore fini de payer les pots cassés.

Certains se demandent si une collusion tacite n’est pas de mise entre employeurs et employés, tant a été grand le choc causé par la crise financière.

En tant qu’épargnant, vous en avez peut-être ras-le-bol de consulter le décompte de vos revenus d’intérêt? Allez, courage, d’ici un an, les taux pourraient commencer à remonter. Mais ne vous attendez pas à des miracles. Pas question de renouer rapidement avec des taux de 3 ou 4%. Cette semaine, le chef économiste de la Banque centrale européenne (BCE), Peter Praet, a lâché lors d’une conférence que les risques associés à la politique monétaire ultra-accommodante de la BCE doivent être "étroitement surveillés". Si on décode ce message, cela semble vouloir dire que la BCE est de plus en plus attentive aux effets secondaires de ses rachats massifs d’actifs et de ses taux au plancher, voire négatifs. Un premier relèvement de taux devrait intervenir en principe lors de l’été 2019. Peter Praet l’a souvent martelé: la politique monétaire fonctionne et l’inflation repartira vers le haut. Il suffit d’être "patient et persévérant".

Aux Etats-Unis, Jerome Powell, le patron de la Federal Reserve, sait aussi faire preuve de patience. Mais dans le même temps, il se pose aussi de très nombreuses questions. Avec une certaine franchise, il les a exposées lors du symposium de Jackson Hole. On est bien loin ici des certitudes assénées par Alan Greenspan qui pensait, avec sa "Grande modération" des années 90, que l’on avait réussi à éliminer les cycles économiques. Quelle bêtise.

Les banques centrales naviguent aujourd’hui dans le brouillard. Et Powell l’admet ouvertement. Ainsi, le taux de chômage US recule depuis neuf ans et, à 3,9%, se situe quasiment à un plus bas depuis 20 ans. Dans un monde "normal", cela devrait en principe pousser les salaires et l’inflation vers le haut. Et la Fed devrait remonter ses taux de manière drastique, Mais ce n’est nullement le cas. Les salaires n’augmentent pas. Serait-on plongé dans une "nouvelle normalité" où l’inflation s’est déplacée vers les seuls prix des actifs financiers et où des géants comme Amazon exercent une pression continue sur les prix à la consommation?

Au niveau des salaires, l’économiste de Princeton, Alan Krueger, est d’avis que la concentration entre firmes accroît la collusion entre elles pour fixer les salaires. Les clauses de non-concurrence peuvent aussi empêcher un employé d’aller voir ailleurs et de négocier un salaire plus avantageux.

Plus généralement, Krueger se demande si une collusion tacite n’est pas de mise entre employeurs et employés tant a été grand le choc causé par la crise financière et la Grande récession qui a suivi. Profondément marqués par ces événements, les employés redouteraient de négocier des salaires plus élevés. Quant aux employeurs, ils se seraient tout simplement habitués à cette situation.

Tôt ou tard, la page de la crise devra pourtant se tourner. Dans la zone euro, l’exit de la situation de taux d’intérêt négatifs constituera une première étape vers un retour à la normalité.

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