chronique

Investir "durable" devient incontournable

Où il est question de déclarations en marge de la COP 25, de critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) qui vont encore gagner en importance et même du fameux "moment Minsky".

Quand on parle d’investissement durable et éthique, certains haussent encore les épaules. À tort. Lors d’un entretien accordé récemment à L’Echo, le banquier suisse Patrick Odier, associé-gérant du groupe Lombard Odier, avait prononcé cette petite phrase un peu intrigante: "Avant que les milieux politiques ou réglementaires ne se mettent à dicter la manière dont les capitaux doivent être alloués, nous avons pris l’initiative de nous réorienter assez radicalement dans la direction de l’investissement durable." Ne pourra-t-on bientôt plus investir dans certaines sociétés jugées non-éthiques ou trop polluantes? Ce n’est pas impossible. Et les pressions viennent déjà de toutes parts.

Aujourd’hui, de nombreux investisseurs souhaitent ouvertement que les facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) soient intégrés dans les fonds de placement parce qu’ils estiment qu’ils peuvent générer une performance financière supérieure. Dans le même temps, les marchés financiers sanctionnent de manière de plus en plus sévère les entreprises qui ne respectent pas ces facteurs de durabilité. Souvenez-vous de Volkswagen et du scandale des émissions polluantes.

La dernière fois que l’on a ressuscité ce fameux "moment Minsky", c’était lors de la crise financière de 2008.

Selon une récente enquête de la firme PwC, l’investissement selon ces fameux critères ESG s’est désormais hissé au troisième rang des priorités des investisseurs interrogés, devant les frais de transactions. Visiblement, les temps changent.

Cette tendance devrait même s’accentuer durant les années 2020. Dans ses 10 grands thèmes d’investissement pour la prochaine décennie, la firme Merrill Lynch pointe le "changement climatique" avec, en guise de gagnants, les producteurs de véhicules électriques et les spécialistes des énergies propres. Et comme perdants, les constructeurs de voitures diesel et les producteurs d’énergies fossiles. Ceci ne manque pas de piquant au moment où le géant pétrolier saoudien Aramco vient d’effectuer ses premiers pas en bourse en devenant la plus grande société cotée au monde…

Autre grand thème épinglé par Merrill Lynch, la montée en puissance du "capitalisme moral". Ce sont 20.000 milliards de dollars d’actifs qui devraient adopter des stratégies ESG sur les 20 prochaines années. C’est quasiment l’équivalent de la capitalisation de l’indice boursier Standard and Poor’s 500, qui reprend les 500 plus grandes valeurs américaines.

La semaine dernière, Christopher Hohn, déjà rebaptisé le "Greta Thunberg" des investisseurs activistes, avait affiché sa volonté de sanctionner les sociétés qui ne respectent pas l’environnement. Son fonds The Children’s Investment Fund Management (TCI) menace ouvertement plusieurs entreprises dont il est actionnaire de leur créer des problèmes si elles n’en font pas assez en matière de réduction de leurs émissions de CO2.

Vert contre marron

Alors, l’investissement vert va-t-il définitivement écraser l’investissement marron (polluant)? "Les entreprises doivent être récompensées ou pénalisées selon qu’elles sont du bon ou mauvais côté de la transition", a tonné cette semaine Mark Carney, le gouverneur de la Banque d’Angleterre dans un discours prononcé à l’occasion de la COP 25 à Madrid.

Celui qui doit succéder début 2020 au milliardaire Michael Bloomberg en tant qu’envoyé spécial de l’ONU pour le climat va même encore plus loin. Il veut que l’évaluation et la publication des risques climatiques pour les entreprises deviennent obligatoires. Oui, obligatoire, vous avez bien lu.

C’est le même Carney qui avait souligné récemment que les firmes qui ignorent les questions climatiques risquent tout simplement de faire faillite. Les firmes américaines actives dans le charbon ont déjà perdu 90% de leur valeur, a-t-il ainsi confié au Guardian. A ses yeux, si rien n’est fait, on pourrait même connaître un "moment Minsky" du nom de l’économiste américain Hyman Minsky (1919- 1996), un moment caractérisé par une panique boursière.

La dernière fois que l’on a ressuscité ce fameux moment Minsky, c’était lors de la crise financière de 2008. Cela en dit long.

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