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Jamais contents, ces marchés boursiers

Chroniqueur, newsmanager

Comme des drogués, ils en attendent toujours davantage de la part des banques centrales. Ce fut encore le cas jeudi avec la BCE.

Les marchés boursiers ont mal réagi jeudi après-midi aux décisions de la Banque centrale européenne. Ils en voulaient plus. Toujours plus. C’est un peu comme s’ils désiraient le beurre, l’argent du beurre et, en prime, le sourire de la crémière. Ce qui dans la version BCE s’assimile au beurre de Philip Lane (le successeur de Peter Praet), l’argent de Mario Draghi et, en supplément, le sourire de la porte-parole de la Banque centrale européenne… Tout cela n’est-il pas exagéré?

Pour la première réunion avec Philip Lane à la manœuvre en tant que chef économiste, la BCE – n’en déplaise aux marchés – a pris une décision importante, celle de repousser une nouvelle fois l’horizon du premier relèvement de ses taux directeurs depuis la crise financière. La BCE s’est engagée à maintenir ses taux à leurs niveaux actuels au moins jusqu’à la fin du premier semestre 2020, alors que cet horizon se limitait jusqu’ici à la fin de cette année. "Insuffisant", ont toutefois jugé les marchés, qui rêvaient déjà de nouvelles baisses de taux.

L’indicateur de Morgan Stanley vient de passer d’"expansion" à "contraction". Et cela pour la première fois depuis 2007!

Une telle baisse des taux aurait pourtant constitué une sorte de "football panique" face à des chocs géopolitiques (guerre commerciale, Brexit…) sur lesquels la BCE n’a aucune prise. Mais rien n’y fait. Les marchés sont devenus véritablement accros aux baisses de taux. Ils ne se satisfont même plus des promesses de Draghi de nouvelles diminutions des taux dans le futur ou d’un redémarrage du programme d’achats d’actifs si les choses tournaient vraiment mal. Pour l’instant, la BCE se met simplement en position d’attente, tout comme la Federal Reserve (Fed) américaine, dont le président Jerome Powell a ouvert également la voie cette semaine à de prochaines réductions des taux. Seule différence, la marge de manœuvre de la Fed est plus importante que celle de la BCE, où les taux sont déjà négatifs.

Une chose paraît certaine à ce stade: les taux d’intérêt ne sont pas près de remonter dans la zone euro. Il faudra se montrer patient, peut-être même très patient. Bien entendu, les banquiers centraux ne sont pas les seuls responsables de cette période de taux au plancher, tant à court qu’à long terme. Il y a aussi des raisons fondamentales à cette situation: le vieillissement de la population, une plus faible croissance de la productivité… Peter Praet le confiait la semaine dernière: cela pourrait prendre du temps avant d’assister à une remontée des taux. D’ailleurs, les Japonais attendent toujours… Un scénario à la japonaise qui n’est pas vraiment à même de rassurer.

Dans le contexte actuel d’incertitude, une étude a particulièrement retenu notre attention cette semaine, celle de la firme Morgan Stanley intitulée "Welcome to Downturn". La firme y indique que son indicateur de cycle vient de passer d’"expansion" à "contraction". Et cela pour la première fois depuis 2007!

Historiquement, cet indicateur est annonciateur d’une période de disette en matière de returns boursiers. Avec des probabilités croissantes d’une chute en récession et d’une plongée en marché baissier ("bear market").

Cet indicateur de cycle est construit sur la base d’une série d’indicateurs américains assez large: courbe des taux de rendement, indice de confiance du Conference Board, situation de l’emploi, revenus des ménages, indice d’activité ISM, croissance du crédit, volume des émissions obligataires, activité en fusions-acquisitions…

La contraction de cet indicateur signifie-t-elle pour autant qu’une récession soit imminente? Non, répond la firme. Lors du précédent cycle, l’indicateur s’était retourné dès novembre 2006. Ce n’est que quelques mois plus tard que les marchés ont commencé à "craquer". Les responsables de la firme invitent toutefois à la prudence. La guerre commerciale, la cherté relative des marchés boursiers américains et les valorisations du marché du crédit plaident en faveur d’une réduction de l’exposition au risque dès maintenant.

Et si la situation devait déraper, avec un "bear market" à la clé, qui entrerait en action? La Fed bien entendu, qui pourrait ramener ses taux à 0% d’ici le printemps 2020. Les taux, toujours les taux…

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