L'amour-haine avec les marchés boursiers

©Sofie Van Hoof

Les banques centrales ont noué d’étranges relations avec les marchés financiers. Souvent d’amour, mais parfois de haine. Les Bourses n’ont en tout cas pas apprécié les derniers mouvements de la BCE.

Quelle étrange relation que celle qui s’est nouée entre les marchés financiers et les banques centrales. Une sorte de relation d’amour-haine, où l’on marche toujours sur le fil, en menaçant souvent de tomber dans le vide. Depuis le début de l’année, les annonces des banques centrales avaient été accueillies avec un certain enthousiasme, tant en Europe qu’aux Etats-Unis. De quoi provoquer un rebond boursier de 10 à 12% en janvier-février et d’apaiser la douleur provoquée par la chute des marchés en fin d’année.

Mais jeudi, le scénario n’a nullement été respecté. Mario Draghi a pourtant annoncé que toute hausse des taux serait reportée à l’an prochain et que la Banque centrale européenne (BCE) procéderait à de nouveaux prêts à long terme aux banques. Des gestes de "colombes" monétaires, a priori positifs pour les marchés. Mais ces derniers n’ont pas apprécié le hors-d’œuvre de ce menu monétaire. En l’occurrence une révision assez drastique des prévisions de croissance et d’inflation. Selon la BCE, la croissance économique dans la zone euro devrait retomber en 2019 à 1,1% seulement.

La veille déjà, l’OCDE à Paris avait frappé encore plus fort avec une prévision ramenée à 1% (contre 1,8% précédemment). L’Allemagne ne croîtrait même que de 0,7% et l’Italie plongerait en récession (-0,2%).

Inattendues, ces nouvelles très moroses sur le front conjoncturel et surtout la précipitation de la BCE à y réagir (ce qui n’est pas dans ses habitudes) ont plombé le sentiment sur les marchés boursiers. D’autant que – c’est désormais une certitude – Mario Draghi va réussir l’exploit de ne jamais avoir relevé ses taux pendant son mandat de huit ans qui se termine à la fin octobre. Cela en dit long sur l’ampleur de cette crise dont l’Europe ne semble pas vouloir sortir et qui par certains égards commence à dangereusement ressembler au cas japonais.

Les marchés n’ont pas digéré le hors-d’œuvre du menu monétaire de la BCE. En l’occurrence une révision drastique des prévisions de croissance.

Étreinte

Dans son rapport trimestriel publié cette semaine, la Banque des règlements internationaux (BRI) souligne que le fonctionnement des marchés s’est modifié depuis ce que l’on a appelé la Grande crise financière de 2008. Les prix sur les marchés suivent parfois des trajectoires qui, à l’aune des critères de l’avant-crise, seraient considérées comme des "anomalies", écrit la Banque des banques centrales.

Il y a surtout, dit-elle, cette imbrication extraordinaire des relations entre les banques centrales et les marchés financiers. Les marchés sont à l’affût des moindres faits et gestes des banques centrales, dont ils tirent leur orientation et dans lesquels ils cherchent un motif de réconfort. De leur côté, les banques centrales scrutent les marchés financiers pour mieux comprendre ce que l’avenir réserve à l’économie, les marchés reflétant et influençant l’activité. La BRI va plus loin dans la métaphore en avançant que les banques centrales et les marchés cheminent enserrés dans une étreinte mais qu’il est parfois bien difficile de distinguer les mouvements propres à chacun. On vous parlait d’amour…

Ce qui est clair pour l’institution de Bâle, c’est que le processus de resserrement monétaire très progressif et prévisible est aujourd’hui mis en suspens, tant les perspectives économiques sont devenues plus incertaines.

Comme le dit un banquier privé, nous vivons aujourd’hui dans un contexte où les banquiers centraux peuvent aisément propulser les marchés en ligne droite de 20%. Vers le haut comme vers le bas. Et cela indépendamment des éléments fondamentaux. Ce n’est pas tout à fait rassurant.

En attendant, Wall Street vient de fêter les 10 ans de son marché haussier ("bull market"). Allez, happy birthday!

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