L'excès de dividendes nuit-il à la santé?

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Les dividendes mondiaux ont atteint un record l’an dernier. Cette manne d’argent ne profiterait-elle qu’à quelques-uns et nuirait-elle à la société dans son ensemble?

Les dividendes versés aux actionnaires dans le monde ont atteint un record de 1.370 milliards de dollars en 2018 (+ 9,3%), selon une étude de la société de gestion Janus Henderson. Cette étude est basée sur 1.200 grandes entreprises (dont les belges AB InBev, KBC, GBL, Solvay et UCB) qui représentent environ 90% des dividendes payés à l’international.

Certains se sont offusqués de cette grosse manne d’argent et surtout, de cette forte progression en pourcentage alors que les salaires, eux, augmentent bien moins rapidement. Le débat, on le sait, est sensible. L’excès de dividendes ne profiterait-il qu’à quelques-uns (les plus riches) et nuirait-il à la société dans son ensemble?

Depuis 2014, les revenus de la propriété augmentent globalement moins vite que les salaires bruts.

Comme souvent, la situation est à nuancer. Si une forte progression a été enregistrée l’an dernier, c’est notamment parce que plusieurs secteurs (pétrole, banques…) ont normalisé leurs paiements de dividendes, après une période où leurs dividendes furent faibles, voire inexistants. On ne va quand même pas s’en plaindre.

Par ailleurs, certaines grandes sociétés technologiques adoptent de plus en plus une culture de paiement de dividendes. Cela peut être considéré comme un signe d’une certaine maturité.

Surtout, il y a l’incidence des réductions d’impôts aux États-Unis qui ont fortement dopé la croissance des dividendes, le cap des 500 milliards de dollars ayant été franchi aux USA.

Mais certains facteurs exceptionnels vont tôt ou tard disparaître et l’on devrait revenir dès cette année à une progression des dividendes bien plus modérée de 3,3%.

Autre bémol, la tendance en 2018 n’était nullement à sens unique. Les dividendes en Europe ont augmenté moins rapidement qu’ailleurs car ils ont été affectés par… la Belgique où AB InBev a décidé de réduire de moitié son dividende afin de diminuer le poids de sa dette.

258
milliards
En Belgique, le revenu disponible brut des particuliers se montait à 258 milliards d’euros en 2018.

En France, Patrick Artus, chef économiste de Natixis, est entré de manière très vive dans le débat face à ceux qui pointent le déséquilibre croissant entre dividendes et salaires. Patrick Artus en appelle aux "vrais chiffres". Il estime que les inégalités de revenus après redistribution n’ont pas augmenté, que le poids des dividendes n’a pas progressé et que les dividendes versés n’empêchent pas les entreprises d’encore investir.

Et en Belgique? Selon le dernier rapport de la Banque nationale, le revenu disponible brut des particuliers se montait à 258 milliards d’euros en 2018. Les salaires bruts, qui ont augmenté de 3,8%, représentent à eux seuls 170 milliards d’euros du total. Les revenus bruts de la propriété ont augmenté eux de manière plus modérée (+ 2,2%) à 28 milliards d’euros, dont 17 milliards de dividendes (+ 1%).

Quand on regarde bien les chiffres, on se rend compte que depuis 2014, les revenus de la propriété augmentent globalement moins vite que les salaires bruts. Ils ont même baissé en 2014, 2015 et 2016. Il faut y voir l’impact de la chute des taux qui a rogné les revenus de l’épargne. Dans ce contexte, les dividendes peuvent jouer un rôle de compensation. Ils récompensent aussi ceux qui sont disposés à financer l’économie réelle et à prendre des risques. Car en 2018, le capital dit "à risque" a bien porté son nom. Pour rappel, la Bourse belge a quand même perdu 18,5% l’an dernier.

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