chronique

La Bourse "low cost" est annoncée

La semaine de Marc Lambrechts | Une nouvelle Bourse, MEMX, est en passe de se créer aux Etats-Unis, une Bourse qui serait détenue par ses membres, comme "dans le bon vieux temps" diront les nostalgiques. Mais les temps ont changé…

L’an dernier, le titre d’agent de change a officiellement disparu de la loi belge. Le Conseil d’agrément des agents de change, qui a été liquidé, a publié à la fin de l’année une liste de ceux qui portent le titre d’"agent de change honoraire". On y retrouve quelque 180 noms, dont ceux de Jacques Delen, Pierre Drion, Philippe Masset, Adelin Remy, Olivier Leleux ou encore Bruno Colmant, un des derniers à avoir décroché le titre d’agent de change. C’est donc une époque qui s’est définitivement achevée. Celle des agents de change, de la corbeille et de la criée au palais de la Bourse. L’époque où la Bourse n’était pas encore cotée en Bourse et appartenait aux agents de change.

Et (big) bang, qu’apprend-on en début de semaine? Une nouvelle Bourse est en passe de se créer aux Etats-Unis, une Bourse qui serait détenue par ses membres, comme "dans le bon vieux temps" diront les nostalgiques. Le nom de cette Bourse est sans équivoque: "Members Exchange", la Bourse des membres, en abrégé MEMX.

Si une Bourse détenue par les membres et qui fonctionne pour les membres s’assimile à une sorte de retour à la "Bourse de papa", il ne faut pas se leurrer.

Et quels membres! Les fondateurs se nomment Bank of America Merrill Lynch, Charles Schwab, Citadel Securities, E*TRADE, Fidelity Investments, Morgan Stanley, TD Ameritrade, UBS et Virtu Financial. Rien que du lourd.

MEMX veut représenter les intérêts à la fois des investisseurs particuliers et des institutionnels. Les neuf sociétés en question affirment que la nouvelle plateforme a pour but de développer la concurrence, d’améliorer la transparence, de réduire les coûts fixes et de simplifier les transactions boursières. Une Bourse "low cost", une sorte de Ryanair des marchés financiers.

Le retour de la Bourse de papa?

Si une Bourse détenue par les membres et qui fonctionne pour les membres s’assimile à une sorte de retour à la "Bourse de papa", il ne faut pas se leurrer. Car cette Bourse sera profondément technologique. D’ailleurs, deux de ses membres, Virtu et Citadel Securities, sont des acteurs importants du trading à haute fréquence qui fait appel à des algorithmes. à eux deux, ils représentent d’ailleurs 40% des transactions en Bourse.

On comprend que les Bourses actuelles ne voient pas d’un très bon œil le nouvel arrivant (qui doit encore recevoir l’approbation des autorités financières, ce qui peut prendre un certain temps).

Les marchés boursiers américains sont aujourd’hui très concentrés. Trois entreprises, l’Intercontinental Exchange (ICE) – qui détient le New York Stock Exchange (NYSE) –, le Nasdaq et le Chicago Board Options Exchange (qui a racheté la plateforme boursière Bats en 2016), concentrent plus de 60% des volumes des échanges boursiers.

Ces trois marchés sont cotés en Bourse et détenus surtout par des investisseurs institutionnels.

On reproche surtout à ces trois grandes places boursières d’avoir considérablement augmenté leurs tarifs pour des services tels que les flux de données (data), une sorte de mine d’or boursière. La Securities and Exchange Commission (SEC), le gendarme des marchés, a d’ailleurs déjà demandé des explications sur ces frais.

Parmi les treize Bourses qui existent aux USA, l’IEX Group (The Investors Exchange) fait figure aujourd’hui de résistant. C’est la seule plateforme qui est indépendante des trois géants que sont ICE, Nasdaq et CBOE. Mais sa naissance n’a pas été simple. Elle s’est heurtée au mépris de la Bourse de New York et du Nasdaq. Il est vrai que l’IEX a décidé de ralentir les transactions boursières. Une hérésie. Une décision destinée à contrecarrer les traders à haute fréquence, qui ne jurent que par la vitesse.

Autorisé comme Bourse officielle par la SEC à la mi-2016, IEX n’a réussi qu’à glaner 2,5% du total des échanges jusqu’ici. Plutôt maigre.

Le nouveau venu MEMX entend faire nettement mieux. Il peut compter sur neuf fondateurs plutôt puissants. Mais la partie s’an nonce rude.

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