La chronique financière de Marc Lambrechts

La Belgique est pointée du doigt dans différents rapports. Notre secteur immobilier interpelle notamment, pour sa surévaluation manifeste. Certains s’inquiètent aussi de toutes ces sociétés, sans rating ou à caractère plutôt spéculatif, qui s’adressent au marché obligataire. Ouvrons l’œil.

S i le climat printanier n’est pas au rendez-vous ce week-end, vous pourrez toujours vous plonger dans les nombreux rapports qui ont été publiés cette semaine: le document sur les déficits excessifs de la Commission européenne, les prévisions conjoncturelles de l’OCDE et le rapport sur la stabilité financière de la BCE. Au total, quelque 500 pages…

Attention, digestion pas toujours aisée! Alors pour vous faciliter la tâche, voici quelques points à épingler.

On a évidemment déjà beaucoup parlé dans nos colonnes de ce rapport de la Commission européenne où la Belgique a échappé de justesse à une amende. Comme l’a confié le commissaire Olli Rehn, notre pays "a marqué dans les arrêts de jeu" pour éviter les sanctions. Mais pas sûr que la prochaine fois, l’arbitre européen sera aussi magnanime.

Au-delà des gesticulations et protestations de certains pontes socialistes, que retenir de cet épisode pour la zone euro?

Globalement, c’est une "première", la Commission lâche du lest en matière d’austérité budgétaire et met désormais l’accent sur les réformes structurelles. En Belgique comme ailleurs. Et chez nous, elle met le doigt sur ce qui fait mal (retraites, système d’indexation…). Inutile pour cela de crier au scandale ou à la mise sous tutelle européenne. Ne soyons pas aveugles…

Champions… de la surévaluation

En marge de prévisions conjoncturelles plutôt moroses, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) exprime, elle, des inquiétudes pour certains marchés immobiliers.

Graphiques à l’appui, elle démontre ainsi que le marché résidentiel belge reste largement surévalué. Et ceci à la fois sur base de la comparaison entre les prix des maisons et les loyers (price-to-rent ratio) et de la comparaison entre ces mêmes prix des maisons et les revenus des ménages (price-to-income ratio). Sur ce dernier critère, nous sommes même les champions incontestés. Voilà qui va sans doute déplaire au "lobby" immobilier et aux vendeurs potentiels de biens. Mais, soyons honnêtes, pour un jeune couple, l’achat d’un bien devient effectivement un luxe quasiment inabordable.

Alors, bien entendu, personne n’a envie que le marché immobilier ne s’effondre (et rien n’indique d’ailleurs qu’il va s’effondrer). Mais affirmer que la surévaluation est une vue de l’esprit s’assimile à vouloir s’enfoncer la tête dans le sable. Et croire qu’une correction des prix immobiliers, cela n’arrive qu’aux autres constituerait une grave erreur historique.

Sans rating

Dans son rapport de stabilité financière, la Banque centrale européenne (BCE) évoque aussi la situation de l’immobilier et la surévaluation du marché belge. Mais elle s’intéresse aussi à bien d’autres choses.

Comme la Federal Reserve américaine, elle ne peut que constater que la situation est redevenue plus calme sur les marchés, mais que ceci s’accompagne de prises de risques importantes de la part des investisseurs. Ceci en vue de décrocher un petit supplément de rendement en ces temps de disette.

C’est ainsi que les obligations de sociétés dans la catégorie "spéculative" ont été activement recherchées. Et que, par effet mécanique, les taux de rendement de ces emprunts ont chuté de manière assez spectaculaire. Le rendement moyen de ce papier est passé de près de 12% à la fin de 2011 à 5% en mai 2013.

De plus, note la BCE, la qualité des émissions s’est dégradée, avec une part croissante d’émetteurs risqués qui se jettent à l’eau. L’institution de Francfort parle même d’un divorce entre la baisse des rendements et la qualité fondamentale des sociétés. Bref, dans un contexte de croissance faible, le risque de crédit est en augmentation.

Pourquoi évoquer ce point? Tout simplement parce que la Belgique a aussi enregistré son quota d’arrivées de plusieurs noms sur le marché obligataire, qui sont dépourvus de tout rating. Le dernier en date est le producteur de champagne Vranken-Pommery qui lance un emprunt sur six ans doté d’un coupon de 4,125%.

Le hic, c’est que le prix d’émission est élevé (101,875%), ce qui ramène le rendement net (après précompte mobilier) à 2,75%. C’est bien entendu mieux que le bon vieux livret d’épargne ou qu’un bon d’Etat, mais le risque n’est évidemment pas le même. Et même si Vranken est une formidable "success story" belge, nos confrères de "L’Investisseur" ne recommandent une souscription qu’en quantité limitée. Une nouvelle fois, ne soyons donc pas aveuglés par la seule hauteur d’un coupon brut…

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