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La Fed ne veut pas brusquer les marchés, mais...

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La Federal Reserve américaine entend conduire la reprise de l'économie, sans provoquer de chocs sur les marchés financiers. Mais Jerome Powell n'a pas convaincu.

Face à la presse mercredi, Jerome Powell a voulu faire preuve de sérénité après la réunion du comité de politique monétaire de la banque centrale américaine. Il a même esquissé un petit sourire à la question d’un journaliste sur le "tapering", c'est-à-dire la diminution progressive des achats d'obligations réalisés par la Federal Reserve (Fed) dans le cadre de la crise. La question était attendue et la réponse soigneusement préparée : il est trop tôt pour évoquer un "tapering". Quant à la hausse des taux directeurs de la Fed, elle n’est pas attendue avant 2023-2024. Cela a rassuré dans un premier temps les obligations américaines, mais aussi la Bourse de New York où l’indice Dow Jones a franchi le cap des 33.000 points. Un nouveau record qui est intervenu cinq séances à peine après le passage des 32.000 points. Cette progression d’un seuil de 1.000 points à un autre est la plus rapide de l’histoire de l’indice boursier. Bien entendu, il convient de relativiser cette performance. Plus l’indice progresse, plus les 1.000 points pèsent moins lourd en termes de pourcentage.

Deux logiques s’affrontent. D’un côté, la logique des marchés financiers qui est d’anticiper d’ores et déjà la sortie de la crise et de l'autre, celle de Jerome Powell.

Curieusement, la bonne humeur du marché n’a duré qu’une seule séance. Comme si la nuit avait porté conseil. Jeudi, le taux de rendement des obligations du Trésor à 10 ans, valeur de référence sur les marchés, est ainsi remonté à 1,75%, soit le plus haut niveau depuis le début de l’année 2020, avant le début de la crise du Covid! Cela démontre très clairement les deux logiques qui s’affrontent actuellement. D’un côté, la logique des marchés financiers qui est d’anticiper d’ores et déjà la sortie de la crise, grâce aux vaccinations (où les Américains sont en avance sur les prévisions) et au plan de relance de Joe Biden. Et de l’autre, la logique de Jerome Powell qui veut temporiser et être absolument certain que la crise sera maîtrisée, avec une embellie à confirmer sur le marché de l’emploi. Il a d’ailleurs résumé sa pensée en une petite phrase: "Désormais, nous agirons une fois les données économiques sous nos yeux, pas d'après les prévisions."

Le problème, aux yeux des marchés, c’est que les prévisions de la Réserve fédérale sont particulièrement favorables. La croissance du Produit intérieur brut (PIB) devrait atteindre 6,5% cette année et l’inflation 2,4%, soit au-delà de la barre des 2%. De quoi justifier une sortie des mécanismes de crise, bien avant 2023 ou 2024. Selon les traders obligataires, la Federal Reserve, à trop tergiverser, risque de perdre le contrôle des taux longs et de courir après les marchés au lieu de les devancer.

La Fed doit donc espérer conduire la reprise de l'économie, sans provoquer de chocs sur les marchés financiers. Or, cette semaine, un sondage de la Bank of America réalisé auprès des gestionnaires internationaux montre que si les taux américains à 10 ans grimpent rapidement à 2%, cela pourrait provoquer une correction de 10% des marchés boursiers.

Ceci étant, Wall Street a peut-être tort de considérer toutes les bonnes nouvelles économiques comme de mauvaises nouvelles (pour l'inflation et les taux d'intérêt). Si la croissance rebondit comme prévu, cela devrait favoriser tout au moins les actions cycliques. Par ailleurs, selon diverses enquêtes menées auprès des Américains, une partie des chèques de 1.400 dollars distribués aux individus qui gagnent moins de 75.000 dollars par an va être utilisée à des dépenses de consommation, mais également à des achats d'actions. C'est un autre facteur de soutien boursier. Même si, plutôt que de miser sur les grandes valeurs américaines, les petits investisseurs risquent de jeter leur dévolu sur des actions spéculatives, comme GameStop. Ou même de spéculer sur le bitcoin. Ce n'est peut-être pas l'objectif rêvé de cette distribution d'argent...

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