chronique

La loi de Murphy s'invite au menu des marchés

Quand tout ce qui pouvait mal tourner a mal tourné. Et que les investisseurs se posent des questions multiples sur la stratégie à suivre dans un contexte de taux négatifs.

Non, le mois d’août n’est pas toujours synonyme de tranquillité et de farniente. Déjà l’an dernier, il avait été sévèrement chahuté par la crise en Turquie. Cette année, c’est l’autre grand malade de la planète, l’Argentine, qui a pris le relais. Lors de la séance du 12 août, l’indice boursier argentin Merval a chuté de quelque 40%. Un "lundi noir" qui mérite pleinement son appellation. Ce jour-là, le peso et les obligations ont piqué du nez. Tout ceci au lendemain de la lourde défaite du président libéral sortant, Mauricio Macri, aux primaires considérées comme une répétition générale de la présidentielle d’octobre. Une Bourse qui s’écrase de 40% en une seule séance, voilà qui n’est pas commun. Mais curieusement, aujourd’hui, cela n’étonne plus vraiment. Les temps changent.

Face aux taux négatifs, les experts jettent un œil du côté de l’or et des actions à dividendes élevés.

L’an dernier, à pareille époque, on ne parlait pas de futures baisses des taux d’intérêt. La Réserve fédérale (Fed) américaine était toujours engagée dans son cycle de resserrement monétaire. Et au sein de la zone euro, les esprits commençaient petit à petit à s’échauffer en vue de… l’été 2019, période prévue pour la première hausse des taux directeurs de la Banque centrale européenne depuis 2011. On en est loin aujourd’hui puisqu’une nouvelle baisse des taux directeurs de la BCE est désormais anticipée par le marché. Les certitudes de 2018 ont été balayées par les incertitudes de 2019. Seule constante d’une année à l’autre: un pays européen demeure toujours dans l’œil du cyclone. L’Italie reste l’Italie.

En réalité, en Europe, tout ce qui pouvait mal tourner a mal tourné. La démonstration parfaite de la fameuse loi de Murphy, comme l’indique la firme Bank of America Merrill Lynch. À la place d’un été paisible, on a connu un orage parfait avec de mauvaises données économiques, des signaux qui se détériorent et des situations politiques inquiétantes. On n’attend plus que la tempête finale pour couronner le tout. Sera-ce lié au Brexit, à une hausse des tarifs sur les produits européens dictée par Donald Trump? Faites vos jeux!

Poids lourd de la zone euro, l’Allemagne est déjà peut-être tombée en récession. On se remet à espérer un geste de relance venant de Berlin. Pourquoi ne pas profiter des taux négatifs pour emprunter afin d’investir dans les infrastructures par exemple? Mais l’Allemagne reste l’Allemagne. Difficile de faire sortir les Allemands de leurs sacro-saints carcans budgétaires.

©AFP

Tout semble indiquer que nous sommes condamnés à une période de croissance basse, d’inflation basse et de taux bas. Pour un bon bout de temps. Cela ne fait pas les affaires de l’épargnant. Ceci alors que les taux négatifs faussent les règles du jeu de l’investissement.

Dès lors, les experts regardent à nouveau du côté du métal jaune. L’once d’or a déjà gagné près de 20% depuis le début de l’année, se situant à ses meilleurs niveaux depuis six ans. Un gourou comme Mark Mobius reste persuadé que l’or conserve un beau potentiel haussier. Ce vétéran de la firme Templeton recommande d’investir 10% de son portefeuille en or physique.

Et puis, il y a toujours les actions à dividendes élevés, extrêmement précieuses en ces temps de taux au plancher. Du côté des actions, précisément, les indices européens et américains affichent toujours des hausses supérieures à 10% depuis le début de l’année, ce qui reste appréciable. Certains restent persuadés que les banques centrales continueront par leurs actions à soutenir les marchés. Et que Donald Trump ne peut pas se permettre un krach du Dow Jones avant les élections de 2020. Mais comme le locataire de la Maison-Blanche apparaît tellement imprévisible, les marchés feraient peut-être bien de se méfier…

Lire également