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La parabole boursière d'un chien appelé Tina

Chroniqueur, newsmanager

La parabole du promeneur et de son chien que l'on doit au gourou boursier André Kostolany. Mais dans sa version 2020. Quand Jerome Powell joue le rôle du maître d'un chien appelé Tina...

C’est une parabole connue mais uniquement dans les bibles boursières. On la doit à André Kostolany (1906-1999), une sorte de gourou boursier qui affichait plus de 70 ans d'expérience des marchés avec une bonne trentaine de krachs et de crises en tous genres à la clé. Sa parabole du promeneur et de son chien, les commentateurs la sortent de temps en temps des tiroirs. Elle s’applique en tout cas à merveille à ce que nous venons de vivre au cours des dernières semaines, avec ce fossé qui s’est créé entre des marchés financiers survitaminés et une économie réelle qui frôle la dépression. C'est Wall Street contre Main Street.  

Dans la parabole de Kostolany, le promeneur, c'est l'économie alors que le chien représente la bourse. L’homme chemine lentement sur une route nationale. Parfois, il s'arrête net et puis il repart. Son chien l'accompagne. Le chien court à toute vitesse, puis se retourne, trouve que son maître est trop en arrière. Alors il revient vers lui. Quelquefois même il le croise, mais c'est pour repartir ensuite de l'avant. Pendant que le promeneur va d'un point à un autre, son chien parcourt dix fois la distance, en avançant et en reculant. En d'autres termes, tout en allant de l'avant, l'économie et la bourse n'évoluent pas toujours en parallèle.

Le chien Tina, qui représente la bourse, a couru si vite que son maître, l'économie, ne l’apercevait plus du tout à l’horizon.

Dans le cas qui nous occupe, le chien (la bourse), que l’on nommera Tina, a couru si vite vers l’avant que l’homme ne l’apercevait plus du tout à l’horizon. De quoi susciter l’inquiétude de son maître que l’on appellera Jerome, comme le prénom du président de la Réserve fédérale (Fed) américaine.

Alors, Jerome a décidé mercredi de rappeler l’animal à l’ordre. Car oui, toutes les incertitudes sur le Covid-19 n’ont pas disparu et la crise économique est peut-être plus profonde que prévu. Une situation qui ne justifie donc pas l’exubérance de Tina. En quelques semaines à peine, les marchés boursiers avaient rebondi de 40%, avec au passage ce record absolu du marché Nasdaq et ce franchissement du cap très symbolique des 10.000 points.

Des seaux de liquidités

Tina, c’est le fameux “there is no alternative”. En d’autres mots, il n’y a pas d’autres possibilités que la bourse pour l’investisseur vu les taux d’intérêt au plancher. Jerome (Powell) n’a-t-il pas confié  que "la Fed ne pense même pas penser à une hausse des taux d’intérêt "... Oui, relisez deux fois cette phrase pour bien la comprendre.

Alors que fait le chien quand il apprend que les taux d'intérêt devraient rester à zéro jusqu’à 2022 au moins ? Eh bien, il repart de l’avant. Car le chien, lorsqu'il présente des signes de fatigue ou souffre un peu de la chaleur, adore qu’on déverse sur lui des seaux de liquidités. Et des liquidités, cela ne manque pas pour l'instant. 

Kostolany rappelait très souvent que la baisse des taux constitue un puissant adjuvant pour les marchés boursiers et que les actions restent incontestablement les meilleurs investissements sur le long terme. Mais encore faudra-t-il traverser les inévitables tempêtes qui parsèmeront la route. 

Surtout, il conseillait de ne jamais céder à la panique, car c'est ce sentiment qui provoque les plus grands dégâts chez les investisseurs. C'est cette panique qui a provoqué le fameux krach d'octobre 1987.

Pas sûr toutefois que notre vétéran boursier, qui a connu le krach de 1929, aurait pu imaginer qu'un petit virus venu de Chine mette un jour l'économie mondiale à l'arrêt et la plonge dans la pire crise depuis la Grande Dépression. De quoi retarder la progression du promeneur et de son chien. 

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