chronique

La première grande faillite liée au climat?

Pacific Gas and Electric (PG & E) devrait demander officiellement la protection du fameux "chapitre 11". La société est mise en cause dans les incendies en Californie. Elle accuse les effets du changement climatique.

Si vous demandez à Marc Ysaye, l’animateur de Classic 21, ce que représente Pacific Gas & Electric, il vous répondra sans aucun doute qu’il s’agit d’un groupe de rock américain du début des années 1970 réputé pour son morceau "Are you ready?". Bravo Marc! Mais il s’agit aussi du nom d’une société de distribution d’énergie créée en 1905 et aujourd’hui mise en cause dans les récents incendies meurtriers en Californie. Ce qui pourrait lui coûter la rondelette somme de 30 milliards de dollars. Visiblement, le marché et les agences de notation n’étaient pas vraiment "ready" à voir cette société annoncer au début janvier sa faillite prochaine.

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C’est ce 29 janvier (ou aux alentours de cette date) que PG&E devrait officiellement se placer sous la protection du fameux "chapitre 11", une disposition de la loi sur les faillites qui permet à une organisation de continuer à fonctionner à l’abri de ses créanciers. Il s’agirait de la plus importante faillite d’une société notée "investment grade" (qualité d’investissement) depuis Enron et Lehman Brothers, souligne le Financial Times. Et aussi la première grande faillite où une société rejette clairement la faute sur les effets du réchauffement climatique qui a provoqué sécheresse et incendies.

Depuis son annonce de mise en faillite, la société a basculé dans la classe des "junk bonds", celle des obligations pourries. Et le cours de l’action a dégringolé de 85% depuis ses plus hauts niveaux de l’an dernier.

PG&E n’en est pas à ses premières "casseroles". Déjà en 2001, la société s’était placée sous la protection du chapitre 11. Par ailleurs, le film "Erin Brockovich" (avec Julia Roberts), basé sur des faits réels, fait référence à une affaire de pollution des eaux dans laquelle PG&E était impliquée.

Haute tension

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Dans le cas qui nous occupe, la compagnie, basée à San Francisco et qui fournit 16 millions de clients, est visée par la plainte de victimes de l’incendie "Camp Fire", qui a détruit en novembre dernier la petite ville de Paradise et fait au moins 86 morts. Selon la plainte, les feux de forêt auraient été déclenchés par des "étincelles" provoquées par une ligne à haute tension de PG&E.

La société est également mise en cause dans d’autres incendies survenus en 2017 dans le nord de la Californie (qui ont causé la mort de plus de 40 personnes au total).

Jeudi, une enquête a toutefois mis hors de cause PG&E pour un incendie en 2017 qui avait causé la mort de 22 personnes. Cette nouvelle a provoqué une soudaine envolée de l’action (+ 75%). Mais cela ne devrait pas empêcher le groupe de se placer sous le "chapitre 11". Vendredi, en cours de séance, le titre est d’ailleurs reparti à la baisse.

La société tente de se défendre en rappelant qu’elle a régulièrement mis en évidence dans différents rapports et prospectus que les désastres à répétition comme les incendies, la sécheresse ou les inondations pourraient peser sur ses résultats et perturber son activité. Geisha Williams, l’ex-CEO de la firme, avait évoqué l’an dernier les températures extrêmes liées au dérèglement climatique, susceptibles de provoquer sécheresse et incendies.

Les investisseurs pensaient jusqu’ici que les risques liés au changement climatique ne pouvaient en rien affecter les cours des actions et des obligations. Certains doivent déchanter.

Jusqu’à l’annonce de PG&E, les investisseurs pensaient que les risques liés au changement climatique étaient encore relativement éloignés et qu’ils ne pouvaient en rien affecter les cours des actions et des obligations. Certains doivent aujourd’hui déchanter. Interrogé dans le Wall Street Journal, Bruce Usher, un professeur de Columbia qui donne un cours sur le climat et la finance est assez catégorique: "Si vous ne prenez pas en compte les événements extrêmes en matière climatique parmi les facteurs qui peuvent influencer votre business, vous ne faites pas correctement votre job".

Quelles que soient les décisions de justice concernant les responsabilités de PG&E, cette affaire pourrait constituer un important signal d’alarme pour le monde des entreprises. Difficile en effet de croire à un cas isolé.

"Are you ready?" chantait le groupe Pacific Gas & Electric…

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