Le FMI, c'est comme les livres de Harry Potter

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Si vous êtes à la recherche de quelques frissons, n’hésitez pas à vous plonger dans la lecture des rapports du Fonds monétaire international…

Dans la ville de Porto, chaque jour, on fait encore et toujours la file pour aller s’asseoir à une des tables du vieux Café Majestic. C’est là où J. K. Rowling a travaillé sur son premier livre. L’esprit Harry Potter est donc toujours bien présent même si l’auteure britannique a mis un terme à sa série depuis plus de dix ans (tiens, en 2007, juste au début de la crise financière). Alors si vous êtes en manque de sensations, le Fonds monétaire international (FMI), c’est un peu comme les livres de Harry Potter. Un volumineux tome peut en cacher un autre.

C’est ainsi qu’après le "World Economic Outlook", vous avez droit dans la foulée au "Global Financial Stability Report" et au "Fiscal Monitor". Comme dans les aventures du jeune sorcier, c’est souvent long et très dense. Si les rapports sont dénués de formules magiques (quoique…), on y retrouve en revanche diverses prophéties. Et même si ce n’est pas toujours digne de la plume de J.K. Rowling, si vous êtes à la recherche de quelques frissons, n’hésitez pas. Car, à l’évidence, pour l’organisme international basé à Washington, la situation économique et financière ne sera jamais un long fleuve tranquille. C’est même quand la situation paraît (trop) favorable qu’il convient de s’inquiéter. Le Fonds dit ainsi s’attendre à un chemin parsemé d’embûches. En termes plus "potteriens", Christine Lagarde, la patronne du Fonds, parle d’un tableau actuellement "lumineux" mais de "nuages plus sombres qui pointent à l’horizon".

La dette et le reste…

Sans sorcellerie aucune, le Fonds nous confirme que la croissance économique reste favorable dans le monde. Pour 2018, les prévisions ont été relevées pour les Etats-Unis (2,9%, grâce surtout à la réforme fiscale de Trump), mais aussi pour les pays de la zone euro (2,4%) et pour la Belgique qui s’en tire avec un satisfaisant 1,9%. En langage d’économistes, cela s’appelle une "croissance synchronisée". Et c’est positif.

L’économie mondiale est désormais plus endettée qu’au début de la dernière crise financière.

La suite est moins rose. L’économie mondiale est désormais plus endettée qu’au début de la dernière crise financière. "À 164.000 milliards de dollars, soit près de 225% du PIB mondial, la dette mondiale atteint un nouveau record", a pointé Vitor Gaspar, responsable des affaires budgétaires du Fonds. Le monde est désormais 12% plus endetté que lors du précédent record enregistré peu après la faillite de Lehman Brothers.

L’institution de Washington attribue cette hausse de l’endettement notamment à la Chine, qui, à elle seule, représente 43% de l’augmentation de la dette depuis 2007. Mais aucun pays n’est réellement épargné. Surtout pas les Etats-Unis dont la réforme fiscale très controversée va gonfler la dette. C’est bien simple, dans cinq ans, le FMI nous prédit que la dette américaine va dépasser la dette italienne, le vilain petit canard de la zone euro! Le rapport dette/PIB devrait atteindre 116,9% en 2023 aux USA contre 116,6% pour l’Italie. Du jamais vu!

Par ailleurs, les tensions commerciales et le protectionnisme ambiant risquent bien de faire dérailler la croissance mondiale et de mettre encore davantage la pression sur les marchés financiers. D’autant, souligne le Fonds, que les risques à court terme pesant sur la stabilité financière se sont aussi accentués. L’accumulation de vulnérabilités financières au fil de plusieurs années de basse volatilité et de taux d’intérêt extrêmement bas pourrait compliquer la situation à venir. L’inflation pourrait notamment augmenter plus rapidement que prévu, surtout dans le sillage des mesures d’expansion budgétaire aux États-Unis. Et les marchés ne semblent pas vraiment incorporer le risque d’une "surprise inflationniste" et en conséquence celui d’un redressement plus fort qu’attendu des taux d’intérêt.

Malgré la récente correction boursière, la valorisation des marchés demeure toujours particulièrement élevée et l’apparition de certains indicateurs de fin du cycle de crédit n’est pas sans rappeler la période… qui a précédé la crise.

Certes, on peut se réjouir que l’épisode de volatilité du début de février n’a été ponctué d’aucune perturbation majeure. Mais les acteurs du marché, avertit le FMI, devraient s’abstenir de tout excès de confiance. Car tout indique que les investisseurs doivent encore s’attendre à de sérieux chocs en matière de volatilité.

Comme dans Harry Potter, de telles prévisions donnent évidemment quelques frissons et sueurs froides. Mais c’est pour notre bien, serait-on tenté de dire. Afin de rester prudent et de ne pas verser dans la complaisance. Et de faire en sorte que finalement l’histoire se clôture par un "happy end". Vivement le prochain tome de cette saga financière…

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