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Le match de référence de la présidente

Chroniqueur, newsmanager

La pression était sur les épaules de Christine Lagarde. Un an après son entrée en fonction, elle a particulièrement convaincu lors de sa conférence de presse.

En football, on appelle cela un "match de référence". C’est le match le plus abouti d’un joueur lorsqu’il effectue une sorte de sans-faute sur le terrain. Lorsqu'il fait la démonstration de toutes ses qualités, avec à la clé deux passes décisives et deux buts inscrits. C’est le match qui servira de balise pour le futur.

Jeudi, Christine Lagarde a réalisé ce match quasi parfait, son "match de référence". De manière très sobre, lors de sa conférence de presse après la réunion du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE), elle a allié clarté, humilité (elle ne pourra résoudre à elle seule la crise du Covid), solidarité (vis-à-vis de la France, victime d’attaques terroristes), empathie (pour tous ceux qui souffrent de la pandémie) et volontarisme (elle va combattre cette crise de manière décidée).

C’est pourtant avec une énorme pression sur les épaules qu’elle était montée sur le terrain. Le contexte était particulièrement pesant. La veille, sur les marchés boursiers, l’indice européen Euro Stoxx 50 avait chuté de 3,50% et le Dax allemand de plus de 4%. La crainte d’un "double dip", une nouvelle plongée dans la récession, était sur toutes les lèvres des analystes après l’annonce de nouvelles mesures de confinement de plus en plus strictes en Allemagne et en France, les deux poids lourds de la zone euro. Tout faux-pas lors de la conférence de presse risquait d’accentuer le tumulte sur les marchés. Ses moindres paroles seraient disséquées par tous les "ECB watchers" de la planète économique et financière, ces analystes dont le job consiste à scruter tous les mouvements de la BCE et de ses dirigeants.

Les moindres paroles de Christine Lagarde sont disséquées par tous les "ECB watchers" de la planète économique et financière.

Jeudi, Christine Lagarde a promis de combattre cette deuxième vague avec autant d’intensité qu’elle a combattu la première. Elle se dit prête lors de la prochaine réunion de décembre à utiliser "TOUS" les instruments à sa disposition "avec l'entière flexibilité dont nous disposons" pour faire face aux développements de l’économie. Les marchés ont apprécié ces accents empreints d’une belle dose de combativité.

Mais pourquoi attendre six longues semaines avant de "tirer" lors de la réunion du 10 décembre ? Sans doute la BCE a-t-elle été prise de court par l’évolution rapide de la pandémie et le retour à un confinement très strict en Allemagne et en France, ce qui va inévitablement impacter négativement la conjoncture. Mais la présidente de l'institution monétaire a tenu à rassurer : les équipes de la BCE sont déjà au travail pour déterminer les mesures nécessaires en décembre.

Un but contre son camp

Christine Lagarde, qui fête ce 1er novembre son premier anniversaire à la tête de la BCE, a appris à parler aux marchés financiers. Elle a admis jeudi qu'elle ne pensait pas que ses douze premiers mois à Francfort seraient aussi intenses, avec parfois des nuits sans sommeil. Aux yeux de nombreux analystes, elle a en tout cas effacé le souvenir de sa gaffe de débutante de mars dernier lorsqu'elle avait précisé lors d'une conférence de presse que la BCE n’était pas là pour réduire les écarts de taux d’intérêt (spreads) dans la zone euro, c'est-à-dire réduire l’écart de taux de rendement entre l’Allemagne et l’Italie. La réaction avait été immédiate sur les marchés: les taux de rendement des obligations de l’État italien avaient bondi alors que la Bourse de Milan encaissait une chute historique de 17%. Ce jour-là, Christine Lagarde avait marqué dans son propre but. Depuis lors, elle a pris conscience que la moindre de ses phrases pouvait enflammer les marchés. Les "ECB watchers" ont déjà coché la date du 10 décembre dans leur agenda.  Objectif pour Christine Lagarde: confirmer son match de référence de jeudi. A moins bien entendu qu'elle ne soit obligée d'intervenir plus tôt. Ce que personne n'espère vraiment car cela signifierait que la situation se serait encore davantage dégradée sur le front économique.          

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