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Le meilleur plan de relance, c'est la confiance

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Ne répétons pas les erreurs du passé en annonçant dès aujourd'hui des hausses d'impôts pour payer la facture de la crise. Ce serait le meilleur moyen de tuer la reprise.

La montée du doute et de la défiance, voilà la maladie de plus en plus répandue et contagieuse qu’il convient de combattre. Cette petite phrase, on la doit à François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la Banque de France. Dans le livre "Retrouver confiance en l’économie" qui vient de paraître (1), ce membre du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE) avance à juste titre qu’il n’y aura pas de croissance sans confiance. Dans le chef des ménages, cela passe évidemment par une vaccination réussie et à grande échelle (il y a encore du pain sur la planche en Belgique…).

Mais cette confiance passe aussi par un message rassurant des autorités publiques. Le risque est en effet sérieux que l’épargne forcée du confinement devienne une épargne de précaution nourrie par la crainte d’une hausse des impôts pour financer les déficits (ce que les économistes appellent une épargne "ricardienne") et surtout par la peur de la montée du chômage.

Le gouverneur de la Banque de France propose une idée simple: une garantie de stabilité fiscale sur plusieurs années. Ni hausse ni baisse d’impôts.

Selon le responsable français, il convient donc de ne pas reproduire l’erreur faite par un certain nombre de pays européens après la crise de la dette de 2011 de remonter trop rapidement les impôts au risque d’étouffer la reprise économique. Il propose une idée simple: une garantie de stabilité fiscale sur plusieurs années. Ni hausse ni baisse d’impôts. Simple et efficace. Ce n’est que lorsque la reprise sera solidement sur les rails qu’il conviendra de gérer le désendettement public, mais dans la durée.

C’est le même François Villeroy de Galhau qui s'est inquiété cette semaine de la récente hausse des taux obligataires européens, dans le sillage des USA. Il ne faudrait pas que l'Europe, toujours en panne de croissance, subisse dès à présent une remontée des taux. Pour lui, la BCE doit se tenir prête à agir. Des propos qui ne sont pas anodins alors que l'institution de Francfort se réunit jeudi prochain.

Le souvenir de Poupehan

Ne pas répéter les erreurs du passé, c’est aussi ce que nous dit la Commission européenne. Et c’est plutôt une bonne nouvelle si "Bruxelles" se livre à une certaine introspection sur son comportement passé. Mercredi, l'exécutif communautaire a proposé de prolonger en 2022 la dérogation aux règles budgétaires du Pacte de stabilité et mis en garde contre un retrait prématuré du soutien public cette année et la suivante. "Il vaut mieux en faire trop que pas assez", a indiqué le commissaire européen à l'Économie, Paolo Gentiloni. Le responsable italien a raison. Un retour rapide aux plafonds de déficit public et de dette, fixés 3% et 60% du PIB, est non seulement impossible, mais serait tout bonnement suicidaire pour la croissance.

Lundi, lors d’une conférence au Belgian Finance Center (BFC), notre ministre des Finances, Vincent Van Peteghem, avait déjà sonné l'alerte, redoutant les effets sur l'économie d'une réactivation trop rapide des critères de Maastricht. Les règles budgétaires européennes doivent être revues pour favoriser les investissements publics, a encore dit Van Peteghem, de plus en plus à l’aise dans ses habits de grand argentier du Royaume. Comme le confie Bruno Colmant, le président du BFC, c'est plutôt rassurant en temps de crise d’avoir un économiste de formation aux manettes des Finances.

Le jeune ministre (40 ans) ne cache d'ailleurs pas ses ambitions face aux enjeux qui attendent le pays. "La relance commence aujourd'hui, presque un siècle après le New Deal et 40 ans après Poupehan. Il est temps que nous prenions ensemble nos responsabilités et fassions les choix nécessaires", a-t-il lancé. Petite précision: en février 1982, lors des fameux accords de Poupehan, dans ce petit village ardennais où le duo Verplaetse-Martens avait concocté un plan de relance de l'économie belge, Vincent Van Peteghem n’avait pas encore deux ans. Visiblement, il connaît l'histoire économique du pays. C'est un autre élément rassurant.

(1) Retrouver confiance en l’économie. Par François Villeroy de Galhau. Éditions Odile Jacob, 224 pages, 21,90 euros.

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