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Le retour des prophètes de malheur

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Parmi les "Dr Doom" de ce monde, les deux premières places du podium sont aujourd’hui occupées par Marc Faber et Nouriel Roubini. Simple coïncidence? Les deux gourous sont sortis du bois cette semaine.

Le verre à moitié vide ou à moitié plein… Ce fut un mauvais mois de septembre sur les marchés mais un très bon trimestre, surtout aux États-Unis. Lors du mois écoulé, le Dow Jones a perdu 2,3%, l'indice S&P 500 près de 4% et le Nasdaq Composite un peu plus de 5%. Le bilan trimestriel est nettement meilleur avec le Dow Jones en hausse de 7,6%, le S&P 500 de 8,5% et le Nasdaq de 11%. En Europe, en revanche, l’indice Stoxx 600 n’a gagné que 0,2% sur le trimestre. Visiblement, les peurs liées à la résurgence du coronavirus mais aussi les craintes liées au Brexit plombent l’ambiance sur le Vieux Continent. Sans oublier que tout le monde devient un peu nerveux avant les élections américaines du début novembre, surtout quand Donald Trump avoue qu’il a contracté le virus.

Le verre à moitié vide (ou même entièrement vide...), c’est souvent le choix des «prophètes de malheur», les «Dr Doom» de ce monde. Parmi ces «Docteurs catastrophes», les deux premières places du podium sont aujourd’hui occupées par Marc Faber et Nouriel Roubini. Le premier a prédit le krach boursier d’octobre 1987, le second la crise financière de 2008. Est-ce une coïncidence, les deux gourous ont parlé au cours de la semaine écoulée. Ou plutôt lancé leur avertissement d'une catastrophe imminente. On ne se refait pas...

Marc Faber, l'autre "Dr Doom". ©Anadolu Agency via AFP


Marc Faber, l’auteur de la lettre "Gloom, Boom and Doom" (tout un programme) s’est exprimé lors du Forum des fonds de L’Écho et du Tijd où il est resté amplement fidèle à sa réputation. Selon l’investisseur suisse, la bourse est totalement décorrélée de l’économie et depuis 2008, elle ne vit que de l’argent créé par les banques centrales (ce qui n'est pas totalement faux d'ailleurs). Dans un avenir proche, le ressort va sauter, prévient-il.

Être durablement pessimiste ne constitue pas un pari gagnant à Wall Street.

À noter que tout gourou qui se respecte doit aussi avoir le sens de la formule, celle qui fait mouche. Faber a manifestement du talent à revendre en la matière: «les investisseurs se trouvent sur un navire qui fait naufrage, et la question qui se pose aujourd’hui est de savoir si l’on se rue dès à présent dans les canots de sauvetage ou si l’on attend encore un peu dans l’espoir que le capitaine offre une tournée gratuite». Faber n’exclut pas des révolutions et des flambées de violence, les présidentielles américaines pourraient en être d'ailleurs une des premières manifestations.

De son côté, Nouriel Roubini dans une interview à l'agence Bloomberg a déroulé toutes les raisons (elles sont trop nombreuses à énumérer ici) de se mettre aux abris. La récente correction de 10% des marchés boursiers n’est selon lui qu’un premier avertissement. À terme, on pourrait retomber comme dans les années 70 dans une situation de stagflation, cet étrange mélange de stagnation économique et de hausse de l’inflation.

Palmarès

Le problème avec des experts comme Faber et Roubini ne tient pas tant à leurs raisonnements (souvent assez brillants), mais bien à leur palmarès sur les marchés. Une plongée dans les archives concernant Marc Faber nous montre que tout au long des années 2010, ce dernier a prévu l'arrivée d'une récession aux USA ou une dégringolade boursière de 40%, ratant ainsi une exceptionnelle décennie de hausse sur les marchés américains. C'est le même Faber qui se moquait de l'optimisme perpétuel des présentateurs de la chaîne financière CNBC ("Avec un tel optimisme, vous devriez ouvrir un hôpital psychiatrique pour aider les dépressifs") et se désintéressait en 2013 d'une valeur comme Facebook ("Lorsque j’ai commencé à travailler à Wall Street en 1970, les actions populaires à l’époque s’appelaient Polaroïd, Kodak ou Memorex…, la plupart ont disparu").

Nouriel Roubini est lui aussi à la recherche d'une prévision correcte qui lui restituerait son aura de 2008. Une chose est sûre: être durablement pessimiste ne constitue pas un pari gagnant à Wall Street. Alors oui, Faber et Roubini auront peut-être raison... un jour. Mais il sera alors nécessaire de rappeler ici toutes leurs prédictions qui ont échoué et fait "flop" par le passé. Simple question d'honnêteté intellectuelle.

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