chronique

Le retour du supplice chinois?

Rédacteur en chef-adjoint

La Chine risque de revenir à l’avant-plan en 2017. Elle avait déjà fait souffrir les marchés internationaux en 2015 et au début 2016, avant de faire preuve d’une certaine sagesse par la suite. Mais l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche pourrait redistribuer les cartes.

Je l’avoue, je me suis un peu trompé en 2016, mais c’est tant mieux. Je pensais en début d’année que chaque matin, il faudrait d’abord s’enquérir de la performance des marchés boursiers chinois pendant la nuit. Qu’a fait la Bourse de Shanghai? Celle de Shenzhen? Quelle est la performance de l’indice China Securities Index (CSI 300), qui reprend les 300 principales entreprises cotées sur les deux grandes places boursières chinoises?

Car au début 2016, les Bourses chinoises nous ont refait le coup d’août 2015, après la dévaluation du yuan, faisant ainsi trembler tous les marchés internationaux.

Pour éviter un nouveau krach boursier, les autorités chinoises ont même mis en place des coupe-circuits se déclenchant en cas de forte baisse des actions. Mais au lieu d’arrêter définitivement les transactions lorsque la Bourse chute de 20% – comme c’est la règle à Wall Street –, les Chinois ont choisi un seuil de 7% seulement. Et ce fut une belle catastrophe, tous les investisseurs se ruant pour vendre leurs titres avant le déclenchement des coupe-circuits, contribuant ainsi à accélérer la chute.

Il ne faudrait quand même pas que l’on se remette à scruter les indices boursiers chinois chaque matin…

Finalement, après deux séances stoppées net, la Chine a décidé de remiser ses coupe-circuits au placard. Une bonne décision.

Visiblement, les Chinois sont toujours en phase d’apprentissage monétaire et financier. Mais ils apprennent. C’est le cas pour la gestion de leur monnaie, le yuan (ou renminbi).

En août 2015, Pékin avait plongé le monde entier dans une profonde perplexité avec l’amorce de dévaluations à répétition du yuan. Certains agitaient alors le spectre d’une dévaluation qui pourrait atteindre 40%! Une sorte de tremblement de terre monétaire.

Au final, le yuan s’est déprécié cette année de près de 7%, portant sa baisse face au dollar à quelque 12% depuis août 2015. C’est non négligeable mais ce n’est pas non plus la déflagration annoncée par certains. D’ailleurs, les Chinois ont fait plutôt preuve d’une certaine sagesse en cette année 2016. Il est vrai que leur objectif était d’intégrer en douceur leur monnaie dans le panier des Droits de tirages spéciaux (DTS) du Fonds monétaire international, aux côtés du dollar, de l’euro, du yen et de la livre sterling. Ce qui fut fait en octobre dernier, avec au passage les félicitations de Christine Lagarde.

Certes, il s’agit d’une consécration un peu symbolique, mais cela témoigne néanmoins des progrès accomplis par la Chine dans la réforme de ses systèmes monétaires et financiers.

Les Chinois avaient d’autant moins de raisons de faire tanguer le bateau monétaire international qu’ils étaient également les hôtes, en 2016, des réunions du Groupe des 20. Ce G20 qui a réussi à pacifier les monnaies… jusqu’à l’élection de Donald Trump.

Et c’est ici que les choses se corsent. Car le futur locataire de la Maison-Blanche a déjà accusé Pékin de manipuler sa monnaie pour avantager ses exportations. Et il a même menacé de prendre des mesures commerciales de rétorsion.

Si c’était le cas, la Chine, en guise de représailles, pourrait alors être tentée de laisser filer sa monnaie. Et cette fois, de manière bien plus forte.

Car pour l’instant, la banque centrale de Chine est plutôt victime de la hausse du dollar – un effet collatéral de l’élection de Trump –, ce qui l’oblige à intervenir sur le marché des changes afin d’empêcher sa monnaie de baisser trop rapidement.

Réserves

Ces interventions de la banque centrale de Chine ont pour conséquence de faire fondre les importantes réserves de change du pays, tombées à proximité des 3.000 milliards de dollars alors qu’elles culminaient encore à près de 4.000 milliards à la mi-2014. La question est désormais de savoir si cette situation est tenable. D’autant que le pays fait aussi face à des sorties de capitaux… liées à la volonté de s’ouvrir financièrement et de permettre aux ménages et aux entreprises de diversifier leur portefeuille en augmentant leurs avoirs à l’étranger.

Ajoutez-y le ralentissement économique chinois (6,4% de croissance du PIB attendus en 2017 après 6,7% en 2016) et on comprend peut-être mieux le regain de nervosité en cette fin d’année 2016.

Même les Bourses chinoises ont connu un mois de décembre plutôt difficile (perte de 12% finalement sur l’année). Il ne faudrait quand même pas que l’on se remette à scruter le comportement de l’indice CSI 300 chaque matin…

Lire également

Messages sponsorisés