chronique

"Le secret de l'investissement est..."

Voici quarante ans, John Bogle révolutionnait le monde de la finance avec le lancement des fonds indicés. Ce partisan du long terme regrette que les ETF, qui sont cotés en Bourse, soient devenus des instruments utilisés à des fins spéculatives. Et comme d’autres, il est d’avis que la Bourse américaine est devenue relativement chère…

Voici quarante ans exactement, un homme, John Bogle, révolutionnait le monde de l’investissement avec le lancement à destination du grand public d’un fonds qui répliquait parfaitement l’indice S&P 500, composé des 500 plus grandes valeurs américaines. Le Vanguard Group, fondé par John "Jack" Bogle, gère aujourd’hui plus de 3.000 milliards de dollars et détient quelque 6% de la capitalisation boursière américaine. Une véritable success story.

Pour Bogle, les "index funds", ou fonds passifs, restent la meilleure solution pour l’investisseur individuel, car ils sont les moins coûteux en termes de frais. Par ailleurs, historiquement, ils délivrent en moyenne de meilleures performances que les fonds gérés activement. D’ailleurs même l’investisseur de légende Warren Buffett conseille aux investisseurs individuels d’investir dans de tels fonds.

Certains disent que les fonds indexés sont pires que… le marxisme. Cela fait bien rire John Bogle.

Buffett et Bogle, même combat: "Pour investir avec succès, vous devez être un investisseur de long terme. Et sur le long terme, les actions sont le meilleur placement." Il suffirait donc d’investir dans le S&P 500 et de laisser courir les cycles de marché. "Le secret de l’investissement est en définitive le fait qu’il n’y a pas de secret", avoue fièrement Bogle.

 

Il n’en reste pas moins que notre vétéran de la Bourse – il a 87 ans – souligne que les investisseurs doivent se préparer aujourd’hui à des returns boursiers moindres que par le passé, de l’ordre de 4 à 6% par an. Il estime aussi que la Bourse américaine est relativement chère alors que l’approche des élections présidentielles américaines doit inciter à la plus grande prudence.

Son avis ne diffère finalement pas tellement de celui des gestionnaires de fonds interrogés cette semaine dans le sondage de Bank of America Merrill Lynch: 54% des investisseurs pensent que les obligations ET les actions sont actuellement surévaluées.

Les dernières déclarations de Bogle, qui au passage ne se prend nullement pour un gourou, interviennent alors que les fonds indexés suscitent à nouveau le débat. Des analystes de la firme Sanford C. Bernstein affirment même que l’investissement passif est pire que… le marxisme. Ce qui fait bien rire Bogle.

Il est vrai que les fonds indexés ne déterminent pas eux-mêmes les prix des actions. Ils sont le miroir des prix qui ont été déterminés par le marché. Si tout le monde détenait des fonds indexés, il n’y aurait plus de marché, plus d’analyse sur les titres individuels. Ce serait le chaos. Bogle en est d’ailleurs conscient. Mais il faudrait pour cela que les fonds indexés, qui représentent actuellement 30% du marché, croissent de manière très forte. Nous n’en sommes pas là…

Des ETF pour spéculer?

Mais d’autres critiques ont (re) fait surface. Dans les années 90, sont apparus les ETF (exchange-traded funds), fonds indiciels cotés et traités tout au long de la journée en temps réel. Et pour Bogle, ces ETF sont devenus le nouveau moyen par excellence pour spéculer. On est loin de sa conception propre du fonds indexé, appelé à être "détenu pour la vie". Les critiques de Bogle envers les ETF n’ont d’ailleurs pas vraiment plu à la firme Vanguard (qu’il a quittée en 1999) qui commercialise une vaste gamme d’ETF.

Même le Fonds monétaire international (FMI) s’inquiète de l’explosion des volumes traités quotidiennement en ETF. Que se passerait-il en effet si le marché boursier décrochait brutalement et que tous les investisseurs se mettaient à vendre leurs ETF de manière simultanée?

Petite frayeur déjà lors du "lundi noir" du 24 août 2015 à Wall Street lorsque de nombreuses actions n’avaient pas pu être cotées à l’ouverture. Certaines actions avaient de leur côté chuté de manière brutale en quelques minutes, avant d’ensuite rebondir. Il était donc impossible de calculer de manière correcte les indices boursiers. Ce jour-là, les cours des ETF ont subi des chutes importantes. Des ordres "stop loss" sur les ETF se sont déclenchés en cascade, amplifiant la baisse. Une petite alerte prise très au sérieux par les autorités de contrôle.

Il ne faut pas oublier non plus que les ETF connaissent des variantes importantes, notamment liées à des produits dérivés. Ce qui fait bondir John Bogle. "Dans ma carrière, j’ai toujours appris à me méfier des produits d’investissement, qui sont nouveaux et à la mode. Eviter de tels produits ne va pas nuire au return de l’investisseur. Bien au contraire." Parole de vétéran…

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