chronique

Les avertissements d'Agustin aux marchés

Marc Lambrechts

Chronique financière de Marc Lambrechts | Agustin Carstens, l’ancien gouverneur de la banque centrale du Mexique, dirige aujourd’hui la Banque des Règlements Internationaux (BRI). Et il n’a pas peur de prendre des positions tranchées.

Ce n’est peut-être qu’une simple coïncidence: dimanche dernier, la Banque des Règlements Internationaux (BRI) publiait son rapport annuel, avertissant les marchés de graves déséquilibres en cours. Le lendemain, la Bourse américaine chutait de 2% à l’ouverture, l’indice Dow Jones passant même sous sa moyenne mobile à 200 jours pour la première fois depuis juin 2016. Ce qui est considéré comme un signal de vente.

Evidemment, le rapport de la BRI n’a pas déclenché en tant que telle la chute de Wall Street. Ce sont plutôt les nouvelles initiatives de Donald Trump dans sa guerre commerciale avec la Chine qui sont à mettre en cause. Même si dans son rapport, la "banque des banques centrales" s’alarme effectivement de cette guerre commerciale, avec "une accumulation des pressions protectionnistes qui pèse déjà sur l’investissement".

De petits événements peuvent vite effrayer des marchés financiers surévalués.

Si la publication du rapport annuel de la BRI reste un événement important, c’est parce que l’institution de Bâle, qui coordonne les travaux des banques centrales, avait déjà tiré la sonnette d’alarme avant la crise de 2007-2008, évoquant une situation qui paraissait intenable.

Pour nous Belges, il existe aussi un attachement particulier à cette institution qui fut longtemps dirigée par Alexandre Lamfalussy. Le professeur de Louvain se servait d’ailleurs du rapport de la BRI comme syllabus pour ses cours à l’UCL.

Aujourd’hui, la BRI est dirigée par Agustin Carstens, l’ancien gouverneur de la banque centrale du Mexique. Comme ses prédécesseurs, Carstens n’a pas peur de prendre des positions tranchées, qui ne plaisent d’ailleurs pas toujours aux banquiers centraux…

La Grande dépression n’a pas eu lieu mais…

Commençons d’abord par le côté positif du discours. Dix ans après la Grande crise financière, la communauté des banques centrales peut se montrer satisfaite de l’état de l’économie mondiale, souligne Carstens. Une répétition de la Grande dépression a pu être évitée. Ceci grâce au niveau historiquement bas – voire négatif – des taux d’intérêt, ainsi que l’accroissement exceptionnel des bilans des banques centrales.

Mais tout a une fin. On observe des signes de déséquilibres après des années d’augmentation du crédit privé. Les cours de nombreux actifs sont très élevés, notamment ceux des actions dans certaines économies avancées. Ici, la BRI pointe sans doute les Etats-Unis, sans les citer nommément.

Les prix de l’immobilier résidentiel sont également tendus dans nombre de pays, ce qui se traduit par un lourd endettement des ménages. Bref, l’assouplissement des conditions monétaires a contribué à un accroissement des fragilités. Et lors des épisodes précédents, cela a toujours été annonciateur de difficultés à venir, récessions comprises. D’où une nécessaire prudence. D’autant que la hausse des taux directeurs aux USA et l’appréciation du dollar ont déjà entraîné certaines tensions dans les économies émergentes les plus vulnérables, en Argentine et en Turquie.

Différentes évolutions pourraient encore menacer la phase d’expansion économique actuelle. Comme déjà évoqué, l’une d’entre elles pourrait être une nouvelle escalade des mesures protectionnistes "portant atteinte au système commercial international ouvert qui a en grande partie été à l’origine de l’amélioration des niveaux de vie à l’échelle mondiale".

Une dernière menace pourrait venir d’une remontée soudaine des rendements obligataires historiquement bas sur les principaux marchés. Et on a vu en début d’année, avertit la BRI, que de petits événements, comme une inflation légèrement supérieure aux attentes, "peuvent vite effrayer des marchés financiers surévalués".

On ne pourra pas dire que les marchés n’étaient pas prévenus…

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