chronique

Les banques centrales conseillent les actions!

Marc Lambrechts

Les taux d’intérêt vont rester bas. L’épargne traditionnelle ne rapporte plus guère. Tout incite les gens à se tourner vers les actions. Mais ce sont les classes les plus huppées qui en profitent le plus.

Le "Powell put" est arrivé. Comme l’ont fait avant lui Alan Greenspan et Ben Bernanke, et dans une moindre mesure Janet Yellen, le président de la Réserve fédérale (Fed) Jerome Powell se présente désormais comme l’ami des marchés boursiers. Le terme "put" se réfère aux options put qui protègent leur détenteur en cas de baisse de la Bourse.

C’est Alan Greenspan qui a donné ses lettres d’or à cette appellation. Quand la Bourse a crashé en octobre 1987, perdant plus de 20% en une seule séance, celui qui venait à peine d’arriver à la tête de la Fed a assoupli la politique monétaire, fournissant toutes les liquidités dont le marché avait besoin. Et depuis lors, à chaque fragilité un peu trop prononcée de la Bourse, les présidents de la Fed abaissent les taux d’intérêt.

Impossible ici de se départir de l’impression que les coups assénés par Donald Trump sur la tête de Powell ont porté leurs fruits.

Ou alors, comme mercredi, c’est Jerome Powell qui annonce que la banque centrale se montrera "patiente", ce qui s’assimile à observer une pause sur le front des taux (qui se situent à 2,25-2,50%). Impossible ici de se départir de l’impression que les coups assénés par Donald Trump sur la tête de Powell ont porté leurs fruits. Le Président américain a d’ailleurs salué la décision de la Fed sur Twitter: "Dow just broke 25.000. Tremendous news!" Pour l’économiste Geert Noels (Econopolis), la Fed est effectivement l’amie de Wall Street et de ce fait, l’amie des 1% les plus riches, tout en se montrant moins indépendante.

Si la Fed et surtout la Maison- Blanche sont tellement attentives à la Bourse, c’est en raison de l’effet richesse. Quand la Bourse grimpe, les Américains, très investis en actions, ont le sourire et continuent à dépenser. Quand elle baisse, ils dépriment et l’économie ralentit. C’est aussi simple que cela.

Par comparaison, les Européens sont moins friands d’actions. Mais le message en provenance de la Banque centrale européenne est assez similaire: les taux d’intérêt vont rester bas pendant encore longtemps.

En conséquence, l’épargne traditionnelle ne rapporte plus guère. Et tout incite les gens à se tourner vers les actions. Mais, en pratique, ce sont les classes les plus huppées qui en profitent le plus. Car ce sont les seules qui sont désireuses de prendre davantage de risques, ce qui augmente leur richesse et ne fait donc qu’amplifier les inégalités économiques et sociales tant dénoncées.

Pour la firme Allianz Global Investors, il est toutefois possible de réduire ces inégalités si une frange plus large de la population mordait à l’hameçon de la Bourse.

Pour réduire les inégalités économiques et sociales, il faudrait qu’une plus grande frange de la population investisse en Bourse.

La firme a réalisé un intéressant exercice. Elle a imaginé que sur les 25 dernières années, toute personne employée en Allemagne, Italie, Espagne, France et au Royaume Uni investissait sur son marché boursier local en plaçant 50 euros chaque mois. Le résultat est assez impressionnant. Après 25 ans (chiffres arrêtés à fin 2017), les investisseurs dans ces cinq pays détenaient environ 53% de la capitalisation totale de l’indice boursier MSCI Europe.

Au passage, ils avaient dégagé un return moyen de plus de 10% par an. Ceci malgré toutes les crises qui ont émaillé la période: éclatement de la bulle internet, crise de 2008 et crise de la dette européenne. Bien sûr, ceci n’est qu’une étude et les performances du passé ne sont nullement une garantie pour l’avenir. En outre, convaincre tout un chacun à investir en Bourse est plus facile à dire qu’à faire. Les ménages aux faibles revenus n’ont souvent pas l’argent disponible pour investir.

Mais l’exercice démontre l’attrait d’une épargne boursière populaire. Surtout quand les taux d’intérêt sont au plancher. Même si on ne peut s’empêcher de penser que les banques centrales continuent à allègrement manipuler les marchés. Ce qui n’est pas vraiment rassurant.

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