Les Belges ne sont plus les champions de l'épargne

©© Zoonar/Artur Bogacki

Le taux d’épargne a dégringolé ces dernières années. En cause, la chute des revenus financiers des Belges.

Que les clubs de football belges ne soient pas en phase finale de la Ligue des champions n’est pas une surprise, mais que les épargnants belges ne soient plus des champions européens de l’épargne pourrait en étonner plus d’un. Car il fut un temps où les Belges étaient des champions incontestés en la matière. En 1993, le taux d’épargne, défini comme la partie non consommée du revenu disponible, culminait à plus de 21%. Aujourd’hui, ce taux a été quasiment divisé par deux, à 11,8%. La Belgique a même basculé en dessous de la moyenne européenne de 12,3%. Hormis un sursaut lors de la crise de 2008-2009, le taux d’épargne brut n’a cessé de dégringoler ces dernières années.

Est-ce inquiétant? Philippe Ledent, senior economist chez ING, parle en tout cas d’un changement fondamental pour l’économie belge. Pendant des dizaines d’années, le Belge a épargné à un taux supérieur à la moyenne européenne, a-t-il indiqué à la tribune du cercle Ecofin Club. Ceci explique que les Belges ont accumulé un important patrimoine au fil des ans et que nous sommes d’ailleurs toujours en tête du classement des ménages les plus riches en Europe. Mais le fait est là: nous ne constituons plus beaucoup d’épargne supplémentaire. Et la Belgique ne devrait pas redevenir de sitôt un champion de l’épargne, même si l’an dernier, le taux d’épargne s’est très légèrement redressé. Il est possible qu’une sorte de plancher ait ainsi été touché. C’est plutôt une bonne nouvelle car l’épargne des ménages ainsi que leur patrimoine accumulé compensent la désépargne de l’État et des entreprises.

Pour être bien clair, cette épargne des ménages englobe non seulement l’argent déposé sur les comptes d’épargne mais aussi les investissements en actions et obligations et les dépenses exposées pour la construction et la rénovation d’habitations.

Basculement

Dans son comportement, l’épargnant réagit forcément à une multitude de facteurs: situation de l’emploi, confiance dans l’économie, âge (le taux d’épargne est plus faible chez les retraités)…

Selon une théorie, l’épargnant réagit même au niveau de la dette publique. En cas d’augmentation durable de la dette publique, l’individu "rationnel" réduit sa consommation et augmente son épargne car il anticipe de futures hausses d’impôts. Mais cet épargnant rationnel existe-t-il vraiment dans la réalité?

La baisse du taux d’épargne depuis dix ans apparaît comme une tendance de fond de l’économie belge.

Aujourd’hui, l’environnement est surtout caractérisé par des taux d’intérêt extrêmement bas. Depuis 2012, on a d’ailleurs assisté à un autre basculement radical puisque globalement, les revenus perçus sur les actifs porteurs d’intérêts sont désormais inférieurs aux charges d’intérêts payées sur les emprunts.

Dans une étude publiée en 2017, la Banque nationale de Belgique (BNB) a montré que la baisse régulière, année après année, du taux d’épargne semble davantage exprimer une tendance de fond qu’être le reflet d’un décalage momentané entre les flux de revenus et de consommation. La Banque observe surtout que l’affaiblissement du taux d’épargne entre 2008 et 2016 correspond presque exactement aux pertes encourues en termes de revenus financiers. Les revenus financiers se contractant, le Belge a donc moins épargné alors que les revenus du travail, eux, sont traditionnellement plutôt consommés.

Mais alors à quoi ont servi les 11,8% des revenus consacrés à l’épargne? Philippe Ledent souligne qu’à 95%, ils ont été consacrés à la constitution d’actifs immobiliers (via les remboursements hypothécaires qui apparaissent comme une épargne) et à 5% seulement à des actifs mobiliers. En 2007, la répartition entre les deux types d’actifs était encore de 50%-50%!

Il y a donc une concentration manifeste dans l’immobilier. Les investissements de rapport, c’est-à-dire dans une deuxième ou troisième résidence, se sont particulièrement accrus et l’endettement aussi. Ces développements, selon la BNB, pourraient d’ailleurs comporter certains risques, comme un risque de défaut de crédit résultant d’un choc négatif sur les revenus des ménages. D’où d’ailleurs la surveillance accrue du régulateur belge. Mais ceci est une autre histoire.

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