Les leçons d'un été chaud et chahuté sur les marchés

©Sofie Van Hoof

La Turquie entraîne l’indice des marchés émergents en territoire baissier. La Chine se situe également en "bear market". Un parfait contraste avec Wall Street qui se dirige vers le plus long "bull market" de son histoire.

Coup de chaud sur les marchés financiers en raison de la crise turque. Mais doit-on réellement s’étonner? Depuis de longs mois, la situation se détériore avec, à la manœuvre, un président turc qui visiblement n’y connaît pas grand-chose en matière d’économie et de finances. Son ministre des Finances, qui n’est autre que son gendre, a bien tenté jeudi de calmer les esprits mais l’effet ne fut que momentané. Depuis le début de l’année, la livre turque a perdu près de 40% de sa valeur alors que la Bourse turque a chuté de plus de 25%.

Sur les marchés émergents, le malaise est plus général. Plusieurs pays souffrent de la remontée des taux américains orchestrée par la Federal Reserve, ainsi que du renforcement du dollar. Cette hausse combinée des taux et du billet vert implique que des capitaux se font progressivement la malle et repartent vers la zone dollar. La même hausse rend aussi plus onéreux le financement de la dette de ces pays émergents.

Il faut bien l’admettre, la firme S&P Global Ratings avait eu le nez fin lorsque, à la fin novembre, elle avait listé les "New fragile five", les 5 pays émergents les plus vulnérables face à une hausse des taux d’intérêt dictée par les USA. Au sommet du classement trônaient la Turquie et l’Argentine (devant le Pakistan, l’Egypte et le Qatar).

Déjà au cours du mois de mai dernier, la Turquie et l’Argentine avaient subi quelques secousses impressionnantes. Afin de soutenir leur monnaie respective, les deux pays avaient dû remonter leurs taux (jusqu’à 40% en Argentine!).

Les événements des derniers jours, exacerbés par les différends politico-commerciaux entre Ankara et Washington, ne forment que la suite de ce feuilleton estival.

Maillons faibles

Le ministre turc des Finances, Berat Albayrak, n’a soulagé la Bourse d’Istanbul que très momentanément. ©Bloomberg

Par effet de contagion, l’indice boursier MSCI des marchés émergents perd désormais 20% depuis le début de l’année. Il est donc entré dans un marché baissier ("bear market"), tout comme l’indice chinois CSI 300.

Est-ce à dire que nous sommes en train d’assister à une répétition de la crise émergente de 1997-98? Nous n’irons pas jusque-là. Le marché attaque surtout les "maillons faibles", ces pays grevés par des incertitudes politiques et/ou des déséquilibres économiques. Tous ne sont pas touchés. À titre d’exemple, la Thaïlande, qui était au cœur de la crise de 1997, est épargnée par les tumultes financiers. À l’inverse, en Europe, un pays comme l’Italie demeure dans l’œil du cyclone.

L’incontestable maillon fort du moment, ce sont les Etats-Unis. Le dollar et les obligations US font plus que jamais office de refuges.

L’incontestable maillon fort du moment, ce sont les Etats-Unis. Le dollar et les obligations US font plus que jamais office de valeurs refuge. Et Wall Street s’apprête même à afficher le plus long marché haussier de son histoire. Le précédent record remonte à la période octobre 1990-mars 2000, soit 9 ans et demi de hausse, sans aucune correction de 20% (soit la définition d’un marché baissier). Mercredi prochain, le 22 août, le "bull market" qui a débuté en mars 2009 pourrait effacer le précédent record des tablettes, selon les calculs de Merrill Lynch.

Ce record va coïncider avec l’ouverture, le 23 août, du sommet de Jackson Hole, où le président de la Fed, Jerome Powell, parlera de la politique monétaire dans un monde changeant. Tout un programme! Pas sûr toutefois que la Fed ralentisse la cadence de la hausse de ses taux pour préserver la santé des pays émergents.

Dans la zone euro, il n’est pas encore question de hausse des taux directeurs. Mais les esprits commencent à s’échauffer en vue de… l’été 2019, période prévue pour la première hausse des taux directeurs de la BCE depuis 2011. Le tout dans une certaine confusion. En juin dernier, Mario Draghi avait indiqué que les taux directeurs de la BCE resteraient à leurs niveaux actuels "au moins jusqu’à l’été 2019". Mais la traduction française du communiqué avait ensuite spécifié – à tort – que les taux resteraient inchangés "jusqu’à la fin de l’été 2019". Oui, l’été prochain risque bel et bien d’être également chaud et chahuté. Qui a dit, après les deux étés calmes de 2016 et 2017, qu’il ne se passait plus rien en juillet et août?

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