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Les leçons d'un mini-krach boursier

  • La chronique financière
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L’investisseur va devoir apprendre à vivre avec une plus grande volatilité, dans un contexte de remontée progressive des taux.

On a peut-être oublié cette petite phrase un peu mystérieuse de Janet Yellen prononcée en juin dernier en marge d’une conférence à Londres. "J’espère – et je pense – qu’il n’y aura pas d’autres crises financières durant nos existences."

À l’époque, on s’était demandé ce qu’elle voulait exactement dire. Plus de crise dans les vingt à trente ans à venir? Ou simplement plus de crise durant son mandat? Si c’est le cas, on peut dire qu’elle a le sens du timing. Lundi dernier, elle a laissé les clés du bureau présidentiel à la Federal Reserve (Fed) à Jerome Powell. Cela le jour même où la Bourse américaine enregistrait un "mini-krach", le Dow Jones chutant de 6% en séance et clôturant sur une perte de 4,6%. Une entrée en matière qui rappelle un peu celle d’Alan Greenspan à la Fed, juste avant le grand krach du 19 octobre 1987. À l’époque, le Dow Jones avait perdu 508 points, soit 22,6%.

Lundi dernier, l’indice Dow Jones a abandonné 1.175 points, un record historique en points, mais en pourcentage la chute de 4,6% ne figure pas dans le hit-parade des plus grandes baisses à Wall Street, pas davantage que les -4,1% de jeudi.

À y regarder de plus près, il existe toutefois quelques similitudes intéressantes entre les deux périodes. Tout d’abord, une montée rapide de la Bourse. Trop rapide. En 1987, de janvier à août, la Bourse de New York avait gagné plus de 40%. Ici, depuis la victoire de Donald Trump aux présidentielles en novembre 2016, le Dow Jones avait gagné 45%.

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Et puis aussi, la séquence assez similaire des événements: d’abord, des tensions sur les changes, avec la baisse du dollar, suivies par des tensions sur les taux d’intérêt et enfin le décrochage des marchés d’actions. Avec à la clé, dans les deux cas, des déclarations intempestives du secrétaire américain au Trésor. En 1987, c’est James Baker qui se disait prêt à laisser filer le dollar. Cette année, c’est Steven Mnuchin qui déclarait de manière intempestive qu’il n’était nullement préoccupé par la chute du billet vert.

En 1987, ce sont les programmes informatisés (program trading) et les mécanismes d’assurance de portefeuille (portfolio insurance) qui avaient été accusés d’accélérer la chute. Ici, ce sont des variantes qui sont mises en cause (algorithmes, "risk parity funds", spéculation sur des produits de volatilité…).

Quoi qu’il en soit, la correction à Wall Street était un peu prévisible. Le président de la Reserve Bank of St. Louis, James Bullard, a confié avec une certaine justesse qu’il s’agissait même de la correction la plus prévisible de tous les temps. Pensez, les marchés américains avaient vécu plus de 400 jours sans correction de 5%!

Samedi dernier, dans ces mêmes colonnes, nous indiquions que l’indicateur "Bull and Bear" de la firme Bank of America Merrill Lynch avait délivré un important signal de vente (sell) sur les marchés d’actions. Il était passé de 7,9 à 8,6 (sur une échelle de 10). Le dépassement du niveau 8 donne un signal de vente car le marché est devenu bien trop euphorique.

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Surtout, tout était devenu bien trop calme sur les marchés financiers avec une chute anormale de la volatilité: le marché montait en ligne droite. C’est l’économiste Hyman Minsky qui avait décrit en son temps ce "paradoxe de la tranquillité". La stabilité engendre l’instabilité: la confiance incite les investisseurs à la prise de risques, jusqu’au moment où un changement, souvent d’origine monétaire, fait basculer la tendance. C’est exactement ce qui s’est produit cette semaine avec la hausse des taux d’intérêt à long terme.

♦ Bonne nouvelle: le repli des cours boursiers a engendré une baisse mécanique des ratios cours/bénéfices qui avaient atteint des niveaux d’alerte. C’est ainsi que le fameux ratio du Nobel d’économie Robert Shiller est revenu à 31, soit sous son niveau du grand krach boursier de 1929, qu’il avait dépassé récemment.

Pour l’investisseur, les événements des derniers jours ont démontré que la panique reste la réaction à éviter. Les fondamentaux restent bons pour les économies et pour les résultats des entreprises. Cela étant dit, il ne faut pas se voiler la face, la vigilance est requise. Les investisseurs vont devoir à nouveau s’habituer à davantage de volatilité sur les marchés financiers. Il est très possible qu’après trois décennies de baisses des taux de rendement obligataires, la tendance est progressivement en train de basculer. Sans oublier les craintes sur la dette américaine liées au plan de relance de Trump. Pas de panique, mais de la vigilance…

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