chronique

Les Nobel d'économie, les femmes et la Bourse

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Coup de projecteur sur quelques Nobel d’économie qui parlent des marchés financiers et de la Bourse, en ces moments troublés. Ceci alors que le jury suédois a encore oublié les femmes dans son palmarès.

La semaine dernière, dans cette même page, nous indiquions que le poste de chef économiste dans les trois institutions que sont le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale et l’OCDE est désormais occupé par une femme. Le jury du Nobel d’économie, prix créé à l’initiative de la Banque de Suède, aurait été particulièrement bien inspiré en suivant cet exemple en début de semaine. Il aurait ainsi corrigé une erreur historique voire même un petit scandale. En 50 ans d’existence, une seule femme a été primée! Il s’agit d’Elinor Ostrom. Or, pour cette année 2018, ce ne sont pas les candidates qui manquaient: Anne Krueger, Esther Duflo, Claudia Goldin ou Carmen Reinhart…

Le Nobel d’économie 2013 a peut-être esquissé un discret sourire mercredi après la chute des indices boursiers américains.

Seule consolation: le prix a été décerné à deux excellents économistes américains qui sont spécialisés dans des problématiques de long terme. William Nordhaus et Paul Romer veulent conjuguer une croissance à long terme de l’économie mondiale et le bien-être environnemental de la planète. C’est "LA" priorité du moment.

Ceci nous éloigne un peu du monde boursier pur et dur. Mais pas tant que cela finalement, vu le net engouement ces dernières années pour l’investissement dit durable. Le colauréat du Nobel 2018, Paul Romer, par ailleurs ancien économiste en chef de la Banque mondiale, a aussi montré comment l’innovation et le progrès technique participent de manière importante à la croissance. Et on sait que la Bourse adore les sociétés innovantes.

Histoire de bulles

Globalement, le monde boursier n’a pas vraiment la cote auprès des Nobel d’économie. Parmi les derniers lauréats, on peut toutefois épingler Jean Tirole, récompensé en 2014. Le Français est un économiste pragmatique qui a une vision très raisonnée de la Bourse. En matière de produits financiers, il avance qu’il serait dangereux de jeter le bébé avec l’eau du bain. Aucun instrument financier n’est répréhensible en soi, pourvu que le risque soit bien expliqué et compris par toutes les parties. Dans une récente interview au Figaro, il s’attaquait surtout aux excès de la finance qui "créent des ressentiments légitimes chez les citoyens". Pour autant, dit-il, la finance est indispensable à l’économie. Ce qui l’inquiète surtout aujourd’hui, c’est la persistance des taux bas, qui implique une redistribution massive de richesse des épargnants vers les détenteurs de portefeuilles mobiliers et immobiliers, accroissant un peu plus l’inégalité de richesse. Ces mêmes taux bas deviennent par ailleurs une drogue pour les États, tout en facilitant l’émergence de bulles financières.

Qui dit "bulles", dit évidemment Robert Shiller. Le Nobel d’économie 2013 a peut-être esquissé un discret sourire mercredi après la chute des indices boursiers américains. D’autant que la veille, sur la chaîne CNBC, il expliquait encore que la remontée des taux longs US n’était pas totalement prise en compte par les marchés d’actions. Cela fait un certain temps déjà qu’il estime que le marché américain est cher et risqué.

Richard Thaler, le prix Nobel 2017, avait émis un avis similaire voici un an. Ce spécialiste de l’économie comportementale s’est d’ailleurs beaucoup penché sur les travaux de Shiller. Il estime que le fameux rapport cours/bénéfice de long terme de ce dernier comporte un aspect prédictif, en soulignant les sous-évaluations et surévaluations du marché. Mais cet aspect prédictif n’est pas très précis, concède Thaler dans son livre "Misbehaving". Lors de la bulle internet, Shiller montrait dès 1996 que la Bourse était devenue chère. Comme son avertissement est intervenu quatre ans avant le sommet du marché, Shiller s’est longtemps trompé avant d’avoir finalement raison. Et celui qui aurait misé sur une chute du marché dès 1996 aurait perdu beaucoup d’argent dans l’aventure.

Richard Thaler avoue qu’il pensait également que le marché technologique US était surévalué à la fin des années 90. En 1999, il a d’ailleurs publié un article intitulé la "Great Internet Stock Bubble". Ayant réalisé de ce fait une prévision correcte sur le marché boursier, il s’est résolu à ne plus jamais en faire. Sagesse d’un Nobel?

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